International 12 décembre 2025

Même combat pour la relève d’ici et d’ailleurs

L’équipe d’UPA Développement international (UPA DI) a accueilli une délégation de neuf jeunes producteurs et productrices agricoles provenant de cinq pays d’Afrique, dans le cadre du stage annuel Viens marcher ma terre. Les délégués en provenance du Bénin, de la Guinée, du Burkina Faso, du Sénégal et de la Tunisie ont fait un séjour dans la Belle Province, du 17 novembre au 5 décembre.

Ces producteurs et productrices de la relève ont été hébergés dans des familles de la région du Bas-Saint-Laurent. Ils ont donc pu participer à leur quotidien, en plus d’assister au Congrès de l’Union des producteurs agricoles, de visiter des entreprises innovantes de la région et de faire des rencontres avec des membres de la Fédération de la relève agricole du Québec.

Après s’être vus au Bénin, c’est au Québec que la deuxième rencontre entre Frédéric Turgeon Savard et Duince Ahossouhe a eu lieu.
Après s’être vus au Bénin, c’est au Québec que la deuxième rencontre entre Frédéric Turgeon Savard et Duince Ahossouhe a eu lieu.

Une relation pérenne

Frédéric Turgeon Savard, cofondateur de la Coopérative La Roquette, à Brownsburg-Chatham, dans les Laurentides, a accompagné la délégation pour l’ensemble du séjour, ce qui lui a permis de revoir Duince Ahossouhe, un producteur béninois qu’il avait rencontré lors d’un séjour en Afrique, en 2023.

Les deux jeunes producteurs ont réalisé que malgré l’océan qui les sépare, les enjeux se ressemblent.

« Je me suis rendu compte que les défis liés à l’accès à la terre et au foncier sont les mêmes, que ce soit au Bénin ou au Québec », explique M. Ahossouhe, qui déplore l’absence de jeunes dans les instances. 

« Quand on parle de relève au Québec, il y a vraiment une distinction entre relève non apparentée et apparentée. Tandis qu’en Afrique, la majorité, ce sont des relèves non apparentées, même si leurs parents ont une terre », explique Frédéric Turgeon-Savard, qui a déjà réalisé plusieurs mandats de coopération avec UPA DI. Il dit se retrouver particulièrement dans ce que vivent les jeunes de la relève en Afrique, faisant référence au morcellement des terres, qui sont constamment séparées en plus petites parcelles, lorsqu’elles sont léguées à plusieurs enfants, en héritage. 

« C’était ma première visite au Québec et j’ai vraiment hâte de revenir en période de production », explique Duince Ahossouhe. Il dit repartir au Bénin avec en poche quelques idées et concepts à appliquer.

Je vais certainement diversifier plus ma production. Ça va demander beaucoup de travail et de concentration, mais c’est le modèle le plus adapté à notre contexte africain.

Duince Ahossouhe

Inspiration féminine

Si les enjeux de la relève ont été soulevés, la question féminine a aussi été au cœur des échanges lors du stage. Mama Bondo Inapogui, agricultrice maraîchère en Guinée, milite pour l’accès des jeunes femmes à la terre.

« Dans la loi, les femmes ont accès à la terre, mais le poids des coutumes et des mœurs fait que ce n’est pas le cas », explique-t-elle, ajoutant qu’elle veut s’inspirer de ce qu’elle a vu au Québec. « Les femmes d’ici héritent de terres de leurs parents. C’est le contraire chez nous. Elles ne peuvent même pas participer à certaines réunions. Nous avons vu au Congrès de l’UPA que la voix des femmes porte et est entendue. »

Les délégués rencontrés quelques heures avant leur départ ont tous souligné, avec le sourire, l’accueil qu’ils ont reçu de la part des producteurs québécois.

Duince Ahossouhe a même parlé de la résilience caractéristique des agriculteurs, qui a d’ailleurs été mise à l’épreuve dès l’arrivée des participants au Québec, à la mi-novembre, en raison de la neige et du froid bien présents. « On a su s’adapter, on a pu faire toutes les visites et personne n’est tombé malade », mentionne à la blague le producteur béninois.