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Des chercheurs d’emploi étrangers, par exemple des Philippines, se font promettre du travail au Canada par des fraudeurs en échange de milliers de dollars.

Des chercheurs d’emploi étrangers, par exemple des Philippines, se font promettre du travail au Canada par des fraudeurs en échange de milliers de dollars.

Le nom de fermes du Québec utilisé dans des fraudes à l’étranger

Le nom de fermes du Québec a été utilisé par des fraudeurs pour la fabrication de fausses offres d’emploi qui circulent sur le Web. Des gens à l’étranger, par exemple aux Philippines, se font promettre du travail au Canada en échange de versements de milliers de dollars. 

« De fausses annonces sont publiées sur Internet, où l’on offre des permis de travail et des emplois à salaire élevé garantis au Canada. On y indique également que les postulants ne requièrent que peu d’expérience ou qu’ils n’ont pas besoin d’expérience du tout. Le suspect demande à la victime d’envoyer des fonds par l’entremise d’une entreprise de transfert de fonds […], par virement électronique ou au moyen de cartes de crédit Visa ou prépayées pour que la demande de visa et de permis de travail puisse être traitée. Une fois l’argent envoyé, le suspect cesse tout contact avec la victime », résume le Centre antifraude du Canada (CAFC), qui confirme avoir reçu 43 signalements de cas semblables depuis le début de l’année. Pour quatre d’entre eux, le nom de fermes du Québec a été utilisé par les arnaqueurs pour duper des chercheurs d’emploi à l’étranger. 

Une fausse annonce que La Terre a pu consulter emprunte notamment l’identité de la Ferme Chair de Poule, à Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière. On y promettait un emploi de « cueilleur de fruits » au salaire de 18,23 $ de l’heure, à compter du 29 septembre 2022. « L’annonce dit qu’on est des producteurs de fruits, alors qu’on est des producteurs de volailles. Ça ne marche pas. Ils utilisent ma compagnie et mon numéro d’entreprise pour soutirer de l’argent », commente la propriétaire Lise St-George qui, après avoir pris connaissance de l’escroquerie, a immédiatement avisé la police et le Centre antifraude du Canada. La Ferme Ste-Sophie, dans le Centre-du-Québec, a subi le même sort. « Moi, ce qui me fâche, c’est qu’on utilise le nom de ma ferme pour escroquer ces gens-là, qui sont démunis », se désole le copropriétaire Jean-Guy Beaudet.   

Difficile de dire si le stratagème s’organise au pays où à l’étranger, souligne le CAFC, qui précise ne pas mener d’enquête. L’organisme gouvernemental invite néanmoins les victimes à lui signaler de telles fraudes, car il peut partager l’information au public, avec ses partenaires au pays et à l’international. 

La Gendarmerie royale du Canada, de son côté, n’a pas voulu confirmer qu’elle enquête sur cette arnaque, puisqu’elle ne divulgue de l’information que sur les enquêtes menant au dépôt d’accusations criminelles. Quant au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), il s’est dit au fait de la délivrance de faux permis de travail à l’effigie du gouvernement du Québec. Il souligne prendre les dénonciations au sérieux, mais ne pas fournir de détails sur les enquêtes qui en découlent. Il invite les candidats à l’immigration à faire preuve de prudence lorsqu’ils font appel à des services intermédiaires, notamment à des agences de recrutement. 

Sa propre enquête

Un ancien militaire à la retraite, Sylvain Chartrand, a pris connaissance de la fraude, après avoir vu des partages d’offres d’emploi d’entreprises du Québec dans un groupe Facebook d’échanges entre Philippins.

Rencontré à son domicile, Sylvain Chartrand a expliqué à La Terre comment il a découvert l’escroquerie. C’est lui qui a alerté des fermes du Québec dont l’identité a été utilisée pour la fabrication de fausses offres d’emploi. Photo : : Caroline Morneau/TCN

Rencontré à son domicile, Sylvain Chartrand a expliqué à La Terre comment il a découvert l’escroquerie. C’est lui qui a alerté des fermes du Québec dont l’identité a été utilisée pour la fabrication de fausses offres d’emploi. Photo : : Caroline Morneau/TCN


M. Chartrand précise avoir été admis à ce groupe alors qu’il cherchait à recruter de la main-d’œuvre étrangère pour l’aider à la maison. Suspectant que certaines annonces étaient fausses, il a entamé des recherches, notamment en appelant des propriétaires d’entreprises dont l’identité semblait avoir été empruntée. Certains, dont Lise St-George de la Ferme Chair de Poule, lui ont confirmé qu’ils n’avaient rien à voir avec les offres d’emploi qui circulaient avec le nom de leur compagnie. 

L’ex-miliaire a aussi retracé, grâce aux réseaux sociaux, de nombreuses victimes à l’étranger, dont Lalaine Comin Brown, des Philippines. Elle raconte à La Terre avoir remis, en plusieurs versements, près de 14 000 $ à différentes agences de recrutement pour l’obtention d’un prétendu emploi dans un hôtel au Québec et d’un permis de travail du MIFI qui s’est finalement révélé faux. Elle dit avoir porté plainte à la police, mais craint qu’aucun suivi ne soit fait, étant donné la complexité de l’affaire. 

Sylvain Chartrand s’implique dans toutes sortes de démarches afin que les autorités locales et étrangères soient mises au fait de la situation. Il espère que des enquêtes sérieuses seront menées.