International 26 juin 2026

Après 30 ans de réticence, l’Union européenne ouvre la porte aux OGM

BEAUCE, FRANCE – Dorés par le soleil, les épis sont déjà bien mûrs dans le champ de Fabien Rey, aux portes de la Beauce française. Peut-être un peu trop : à cause de la canicule qui frappe la France depuis la fin juin, ils ont mûri trop vite et sont en train de se dessécher.

« Je dois récolter l’orge plus tôt que d’habitude. Il a brûlé et les grains ne grossiront plus », maugrée Fabien Rey, installé dans la Beauce française, juste à côté de Paris. La vague de chaleur en cours, déjà la plus chaude jamais enregistrée en France, pourrait durer encore jusqu’au 14 juillet.

« Je n’ose pas penser à ce qui va arriver avec le blé, comme je dois attendre encore un peu avant de le récolter », s’inquiète le cinquantenaire, qui s’affaire à conduire sa moissonneuse-batteuse. « Ça, c’est le genre de problème que les OGM [organismes génétiquement modifiés] pourraient nous aider à régler », note le céréalier.

La remarque n’est pas anodine : le 17 juin, le parlement européen a donné son accord définitif à l’introduction d’OGM, un bouleversement dans la politique agricole européenne.

Il est temps qu’on accepte de jouer le jeu de la technologie.

Fabien Rey

Depuis les années 1990, l’Union européenne applique une réglementation très stricte sur les OGM. Leur culture n’est pas autorisée sur le territoire européen, à l’exception de quelques variétés de maïs résistantes aux insectes, principalement en Espagne. À l’inverse, au Canada, les OGM sont largement utilisés dans certaines grandes cultures, comme le maïs, le canola et le soya.

« Nouveaux OGM »

« Ce qui va être autorisé, ce sont les OGM issus de nouvelles techniques génomiques, les NGT », précise Thierry Langin, chercheur en agronomie au Centre national de recherche scientifique, en France. « Avec des molécules comme CRISPR, on est capables de cibler plus précisément qu’avant les gènes qu’on veut modifier. C’est plus sûr », plaide-t-il. Les OGM résistants aux herbicides, largement utilisés au Canada, resteront pour le moment interdits.

Dorothée Siou
Dorothée Siou

« On nous dit qu’on va avoir des variétés plus productives, plus résistantes aux maladies, plus adaptées à la sécheresse », détaille Fabien Rey, une fois descendu de sa machine. « Il y a de plus en plus de sécheresses et de plus en plus de maladies à cause des saisons irrégulières, on va en avoir besoin. »

« En réalité, c’est très difficile de savoir quels gènes permettraient aux plantes de résister à la sécheresse », tempère Isabelle Goldringer, ingénieure agronome spécialisée en génétique à l’INRAE, l’institut français de recherche agricole.

L’adaptation aux changements climatiques, c’est le grand argument des lobbys pour faire autoriser les OGM, mais il n’y a pas encore de résultats concrets.

Isabelle Goldringer

Elle craint que les NGT permettent surtout aux multinationales comme Monsanto de faire breveter leurs semences. « Les agriculteurs risquent de perdre le contrôle de leurs semences, et de devenir dépendants de variétés qu’ils devraient racheter chaque année », explique la chercheuse. Le nouveau règlement permettrait de poursuivre les agriculteurs qui replanteraient des semences au génome breveté.

« Pour faire face aux changements climatiques, il faudrait plutôt miser sur une diversité des variétés », préconise la chercheuse. Un principe qu’applique déjà Dorothée Siou, la voisine de Fabien Rey, en Beauce. « Je multiplie des semences que je reçois de ma coopérative, puis je choisis en fonction de mes parcelles », explique la céréalière. « Je plante des mélanges, pour qu’au moins une variété traverse bien la saison. »

Si elle se dit favorable aux nouveaux OGM, elle se montre réticente à abandonner tout de suite sa manière de faire. « Il faudra voir si ça vaut la peine en termes de rendement, parce que ça va probablement avoir un prix et nos charges sont déjà de plus en plus élevées », anticipe-t-elle. « On va jouer le jeu. »  

La Beauce, grenier à céréales de la France

Située au sud-ouest de Paris, la grande plaine de Beauce est l’une des régions agricoles les plus productives de France, depuis le Moyen-Âge. Particulièrement fertile grâce à son sol de limon et d’une bonne nappe phréatique, elle est aujourd’hui l’une des régions françaises les plus densément cultivées, surtout pour le blé et l’orge – il n’y reste presque plus de forêts entre les champs.

Elle a d’ailleurs donné son nom à la Beauce québécoise : au 18e siècle, des colons français installés le long de la rivière Chaudière ont surnommé la région la « Nouvelle-Beauce », en souvenir de cette région fertile.