Actualités 24 juillet 2017

Grêle : « J’ai eu la peur de ma vie »

Plusieurs agriculteurs ont tout perdu, ou presque, à la suite du passage dévastateur d’une cellule orageuse qui a projeté des grêlons de la grosseur d’une balle de golf sur leurs cultures et leurs bâtiments. « J’étais en auto et j’ai vu ça arriver. Un nuage noir très bas, comme un mur. J’étais sûr que c’était une tornade, puis la grêle est tombée sur mon auto. Ça n’arrêtait plus de tomber : je me protégeais le visage contre le siège en me disant que les vitres allaient bientôt éclater et que j’allais y passer. J’ai eu la peur de ma vie », témoigne l’agricultrice Marie-Claude Morin, de Saint-Bruno, près d’Alma.

En arrivant à sa ferme, elle constate que les champs sont complètement détruits. Les plants de maïs sont dépourvus de feuilles, la partie supérieure des plants de soya est détruite et les fleurs sont au sol. Les champs de blé situés plus loin sont amochés, mais ils s’en sortiront peut-être, espère-t-elle.

Par chance, la Ferme Morivan avait contracté une assurance pour ses 325 hectares en culture, et les propriétaires venaient de réaliser la deuxième coupe de foin, contrairement à des voisins dont les pâturages ont été détruits par la grêle. « L’assurance nous donnera un montant, mais ça ne couvrira pas tout. Et ce qui est inquiétant, c’est qu’il faudra trouver du maïs à ensilage, car c’est ce qui constitue 70 % de l’alimentation de nos 220 vaches en lactation », précise Marie-Claude Morin.

Heureusement, aucun de ses animaux n’était à l’extérieur lors de l’épisode de grêle. La carrosserie des voitures, les résidences et le toit de l’étable neuve ont par contre été passablement endommagés. Le bruit des grêlons sur la tôle était d’ailleurs très fort. « Mon père n’est pas peureux, mais il s’est placé en dessous du cadre de porte avec mon conjoint, notre employé et le chien. Le bruit était tel qu’ils étaient certains que le toit de l’étable arracherait », explique Marie-Claude.

Des légumes pulvérisés

Quelques kilomètres plus loin, une ferme maraîchère sous régie biologique a également été dévastée. « On analyse ce qui reste. Certains légumes ont non seulement été bombardés par les grêlons, mais ont aussi été frigorifiés par la glace. Tout est mort. Le plastique de mes serres est percé. Heureusement que les filets anti-insectes ont protégé certains légumes », décrit Audrey Paradis, propriétaire de la Ferme À Contre Vent. Les pertes sont importantes pour la maraîchère, qui n’est pas assurée. « Je me retrousse les manches et je replante. J’ai aussi eu l’appui de petites fermes qui m’ont offert de leurs légumes; une belle solidarité », souligne-t-elle.

De nombreux épisodes de grêle

La journée du 21 juillet dernier restera dans la mémoire de nombreux agriculteurs puisqu’Environnement Canada rapporte des épisodes de grêle au Lac-Saint-Jean, à Charlevoix, au Bas-Saint-Laurent, en Chaudière-Appalaches et en Estrie.

Dans la région estrienne, l’agricultrice Julie Fontaine collectionne les épisodes de grêle. « En 2015, la grêle avait détruit 80 % de mes cultures. Cette année, c’est environ 30 % de pertes. Au-delà des plants détruits, il y a aussi des légumes abîmés et des maladies fongiques qui frappent à cause de la grêle », fait remarquer la propriétaire de la Ferme Au Pied-de-Loup. La réalité des changements climatiques lui laisse croire que les événements du genre seront communs dans le futur. Elle songe sérieusement à acheter des filets anti-grêle pour protéger ses cultures ou même à se procurer un canon anti-grêle. Ce canon employé dans plusieurs pays est censé empêcher la formation de la grêle grâce à l’onde de choc créée par la détonation.