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La demande accrue des États-Unis pour les sapins de Noël québécois exerce une pression sur le marché. Photo : Gracieuseté de Sapins Drummond

La demande accrue des États-Unis pour les sapins de Noël québécois exerce une pression sur le marché. Photo : Gracieuseté de Sapins Drummond

En pleine pénurie, les producteurs de sapins redoublent d'efforts

La demande des États-Unis pour les sapins de Noël québécois est si forte que les producteurs, qui sont de moins en moins nombreux dans la province, peinent à fournir leurs clients de l’autre côté de la frontière.

Depuis la récession de 2008, plusieurs producteurs américains ont mis la clé sous la porte et davantage de clients se sont tournés vers le marché du Québec, qui est déjà grandement dédié à l’exportation, observe Larry Downey, président de l’Association canadienne des producteurs d’arbres de Noël. Celui qui est aussi propriétaire de la Sapinière Downey, à Hatley en Estrie, estime que la situation de pénurie s’est aggravée et risque de perdurer encore deux à trois ans. « Même si les producteurs d’ici plantent plus d’arbres pour compenser [la demande américaine], il faut attendre huit ans pour qu’un arbre soit prêt », souligne-t-il.

En conséquence, l’inventaire de sapins disponibles pour le Québec s’amaigrit. Certains grands producteurs ont toutefois encore quelques provisions pour les clients de « dernière minute », souligne M. Downey.

Commandes de plus en plus hâtives

Signe que la pénurie est bien réelle, les producteurs ont commencé à recevoir des commandes dès le mois de décembre dernier pour les sapins vendus cette année. Pourtant, les clients se manifestent habituellement au cours de l’été. « Je n’avais presque plus rien à vendre depuis le mois de mai », indique Gérald Rajotte, propriétaire de Sapins Drummond, à Saint-Nicéphore. Celui-ci dit obtenir jusqu’à 25 % de plus pour ses ventes aux États-Unis. Ses sapins se vendent environ 3 $ du pied au Québec, alors qu’il peut obtenir 3,75 $ de l’autre côté de la frontière.

Si M. Rajotte a écoulé ses sapins plus rapidement cette année, il affirme avoir moins vendu en termes de quantité, n’ayant pas de surplus à offrir aux clients tardifs.

Daniel Vanasse, producteur basé à Ayer’s Cliff, en Estrie, réussit pour sa part à revendre des surplus achetés à d’autres petits producteurs « pour s’amuser et spéculer » avec les bonnes conditions du marché. Mais pour sa production personnelle, « ça n’a pas été long que j’avais tout réservé avec mes clients réguliers », souligne-t-il.

Défis multiples

Par ailleurs, M. Vanasse projette un renversement de situation au cours des prochaines années. « Tout le monde sait qu’il nous manque de sapins, tout le monde plante. Ça va “floader” [noyer] le marché », projette-t-il. Constat corroboré par Larry Downey, qui rappelle que la production de sapins est cyclique. Autre défi auquel devront continuer de faire face les producteurs : le manque de relève et de main-d’œuvre. « Beaucoup de producteurs ont lâché, parce qu’ils pensaient que ce serait plus facile. C’est beaucoup d’ouvrage. Plusieurs étapes doivent être faites manuellement. Ça demande gros du personnel. »

Le nombre de sapinières de Noël enregistrées au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a baissé de moitié en 25 ans. Alors qu’on comptait 450 producteurs à la fin des ­années 1990, ils ne sont plus que 259 en 2019.