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Ce peuplement d’érables des Laurentides, qui auraient pu être entaillés par des acériculteurs dans le futur, sera plutôt coupé. Photo : Gracieuseté d’Andrée Gagnon

Ce peuplement d’érables des Laurentides, qui auraient pu être entaillés par des acériculteurs dans le futur, sera plutôt coupé. Photo : Gracieuseté d’Andrée Gagnon

Des érablières en terres publiques se font passer un sapin

Mathieu Audy vient d’installer 25 000 entailles en terres publiques près de Saint-Véronique, dans les Laurentides, et comme ses voisins, il croyait pouvoir accroître sa production, mais surprise : les 40 000 entailles avoisinant son érablière seront plutôt transformées en… billots.

« On vient de se faire passer un sapin! Ils nous parlaient d’une coupe partielle, mais quand on a vu les rubans [identifiant les arbres que l’entrepreneur allait couper], on a désenchanté pas à peu près. C’est plutôt une coupe comme celles qu’on voyait dans les années 80, où ils prennent tous les arbres de bons diamètres », peste l’acériculteur.

Mathieu Audy développe avec passion son érablière mais se désole de voir la progression de son entreprise freinée par la coupe d’érables en terre publique. Photo : Gracieuseté de Mathieu Audy

Mathieu Audy développe avec passion son érablière mais se désole de voir la progression de son entreprise freinée par la coupe d’érables en terre publique. Photo : Gracieuseté de Mathieu Audy

Ingénieur forestier de formation, M. Audy spécifie que le peuplement d’érables de ce secteur n’affiche pas une densité permettant de supporter la coupe prévue. « Avec ce qu’ils vont enlever, ce seront les hêtres qui deviendront l’essence dominante et non l’érable. Il n’y aura plus de vocation acéricole ici », résume celui qui vient d’investir près de 1,5 M$ dans son entreprise acéricole, ajoutant du même souffle avoir choisi ce territoire pour ses possibilités de développements futurs.

Estomaquée

La conseillère Andrée Gagnon, spécialisée en acériculture au Club acéricole des Pays d’en haut, a visité dernièrement ce peuplement d’érables pour évaluer le nombre d’arbres qui sont marqués pour la coupe. « J’ai été estomaquée de voir ça!  C’était rouge partout. Je me suis dit “ben voyons : ils ont marqué beaucoup trop fort” », témoigne-t-elle.

Il faut comprendre que la forêt publique appartient à tous les Québécois et plusieurs groupes la convoitent : compagnies forestières, acériculteurs, villégiateurs, etc. Le ministère québécois des Forêts a le dernier mot sur son utilisation. « On a dit au ministère que ce peuplement est essentiel à des entreprises acéricoles. On l’a répété, on l’a écrit et j’ai même réécrit une lettre hier à ce sujet. Mais leur aménagiste n’en a pas tenu compte. On voit que le ministère veut fournir des mètres cubes de bois aux moulins à scie. Ce sont eux [les compagnies forestières] qui ont de l’influence », dit Mme Gagnon.

L’ingénieure forestière fait remarquer qu’en diminuant l’intensité du prélèvement, il serait possible de livrer du bois aux usines tout en maintenant le potentiel acéricole. Elle souligne de surcroît qu’une érablière en terres publiques génère des retombées économiques plus élevées que la simple coupe d’arbres. Selon elle, les 40 000 entailles en question entraîneraient des ventes annuelles d’environ 500 000 $ par les acériculteurs et ceux-ci verseraient un loyer chaque année à l’État pour la location de l’érablière.

Au moment de publier l’article, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec ne pouvait répondre aux questions de La Terre, et demandait un délai de réponse. Un article plus complet comprenant notamment des témoignages d’acériculteurs provenant d’autres régions de la province sera publié dans une prochaine version papier du journal.