Environnement 8 septembre 2025

Semences enrobées : ce qu’il faut savoir depuis le 1er août

Après un report de sept mois de son entrée en vigueur, la nouvelle réglementation sur les semences traitées est en application depuis le 1er août 2025. De nouvelles exigences réglementaires encadrent désormais l’achat, la manipulation et le semis des semences enrobées d’insecticides (classe 3A) ou de fongicides seulement (classe 3B). Ce changement piloté par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) marque un tournant dans la gestion des pesticides en agriculture. Cette nouvelle réglementation vise à resserrer l’usage des semences traitées dans huit grandes cultures : avoine, blé, canola, maïs sucré, maïs-grain, maïs fourrager, orge et soya.

Désormais, toute semence enrobée d’un insecticide est considérée comme un pesticide de classe 3A. Pour l’acheter ou la mettre en terre, le producteur ou l’employé doit détenir un certificat d’application de pesticides et obtenir une prescription agronomique fondée sur une justification démontrant un usage de dernier recours. Les semences enrobées uniquement de fongicides (classe 3B), quant à elles, ne nécessitent pas de prescription, mais leur utilisation demeure également réservée aux détenteurs de certificats. Dans les deux cas, ces semences sont soumises aux mêmes obligations que les autres pesticides, notamment la tenue d’un registre, le respect des distances d’éloignement par rapport aux zones sensibles (cours d’eau, écoles, garderies, résidences) et l’application conforme aux bonnes pratiques agricoles.

Pour répondre à cette nouvelle réalité, le MELCCFP a introduit un nouveau certificat plus accessible : le certificat E4. Destiné aux producteurs ou aux employés qui se limitent au semis de semences enrobées, il constitue une solution de rechange simplifiée aux certificats E1 ou E2. Son obtention passe par la réussite d’un examen en ligne, fondé sur trois modules de formation, suivi d’une demande officielle auprès du ministère. Le coût total s’élève à environ 258 $, soit 28 $ pour le cours et l’examen sur le site de la SOFAD et 230 $ pour la demande de certificat au MELCCFP, qui est valide cinq ans. Ce certificat vise à assurer une base minimale de connaissances sur les risques et les bonnes pratiques liés à l’utilisation des semences enrobées, afin de se conformer au règlement.

Pour les semences de classe 3A, l’achat repose sur une démarche rigoureuse. Tout commence par un dépistage préalable des ravageurs des semis les années précédentes. Ce dépistage, effectué à l’aide de pièges-appâts ou par évaluation de la levée de la culture, permet de déterminer si les populations de ravageurs, comme le ver fil-de-fer, atteignent les seuils économiques d’intervention. Ces données servent de fondement à la justification agronomique. Ensuite, le producteur doit rencontrer son agronome pour élaborer un plan de phytoprotection basé sur les principes de la gestion intégrée des ennemis des cultures (GIEC). Si l’agronome juge que certains champs présentent un risque élevé et que les solutions de rechange sont insuffisantes ou inexistantes, il peut émettre une prescription agronomique spécifique à ces champs, indiquant que l’usage de semences enrobées constitue un dernier recours. Avec cette prescription en main, le producteur peut alors passer sa commande auprès de son conseiller en semences. Il est important de noter que la prescription ne peut pas être utilisée de manière généralisée : elle doit être liée à des champs identifiés et appuyée par des données concrètes.

Dans les cas où aucun dépistage n’a été réalisé, certains outils transitoires peuvent aider à appuyer la justification. L’outil VFF QC, par exemple, permet d’évaluer le risque de présence de vers fil-de-fer à partir de données historiques et de caractéristiques du sol. Toutefois, ces outils ne remplacent pas l’obtention de données réelles à la ferme. Une démarche structurée de dépistage devra donc être mise en place pour les années à venir, avec l’objectif de bâtir un historique fiable et représentatif.

Un mois après l’entrée en vigueur de cette réglementation, il est clair que les producteurs qui ont anticipé ces changements sont mieux positionnés pour s’y conformer efficacement. Pour les autres, il est encore temps d’agir : dépistage, planification et certification doivent désormais faire partie intégrante de votre stratégie de production. Cette transition exige planification et collaboration étroite entre producteurs, agronomes et conseillers – un effort collectif essentiel pour maintenir des pratiques agricoles performantes et ­responsables.