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Curieux de connaître son bilan carbone, Robert Rossier a rejoint le réseau de fermes laitières pilotes d’Agriclimat en 2021. Il explorera diverses solutions dans les prochaines années pour se rapprocher de la carboneutralité, mais est conscient que le processus pour y parvenir sera parsemé d’embûches. Photo : Gracieuseté de Robert Rossier

Curieux de connaître son bilan carbone, Robert Rossier a rejoint le réseau de fermes laitières pilotes d’Agriclimat en 2021. Il explorera diverses solutions dans les prochaines années pour se rapprocher de la carboneutralité, mais est conscient que le processus pour y parvenir sera parsemé d’embûches. Photo : Gracieuseté de Robert Rossier

Le périple d’un producteur laitier vers la carboneutralité

Tout comme une dizaine d’autres producteurs laitiers à travers la province, Robert Rossier a rejoint le réseau de fermes pilotes d’Agriclimat en 2021 afin de connaître son bilan carbone. Il sait maintenant que la carboneutralité est un objectif complexe et probablement coûteux à atteindre, et se demande même s’il y parviendra.

« On s’est demandé, avec toutes les techniques qu’on utilise, où on en est dans la carboneutralité. Les objectifs [de carboneutralité en production laitière] des Producteurs laitiers du Canada d’ici 2050, est-ce que c’est réalisable? […] On voulait calculer chez nous et voir où on était rendus », évoque le propriétaire de la Ferme Rodovanel, qui a présenté les résultats d’une grande collecte de données effectuée à sa ferme dans la dernière année, lors d’une conférence au Symposium sur les bovins laitiers, le 2 novembre.

Le producteur de Chesterville, dans le Centre-du-Québec, possède un troupeau de 72 vaches en lactation et 210 hectares en culture, notamment de plantes fourragères, de pâturages, de soya, de céréales et de maïs. Ses taures, sa relève et ses vaches taries ont accès au pâturage durant l’été. M. Rossier précise être en semis directs et « sur couvert végétal permanent », c’est-à-dire que 100 % de ses sols sont couverts à l’année. 

« Chez nous, si on prend le bilan total annuellement, on émet 1 232 [tonnes d’équivalent CO2] et on en séquestre 45 tonnes. Donc, on rejette dans l’atmosphère 1 187 tonnes de carbone. […] Ça équivaut à un vol en avion aller-retour entre Montréal et Paris avec 500 personnes à bord », témoigne le producteur.

Sylvestre Delmotte, consultant en agroenvironnement, à la modélisation et à la démarche participative pour le projet Agriclimat, précise que le bilan carbone des fermes participantes résulte du total des émissions provenant par exemple des sols, des animaux, du fumier et de l’énergie utilisée et duquel on a soustrait la quantité de carbone séquestrée dans les sols, les haies et les bandes riveraines sur le site de l’entreprise.

En moyenne, le bilan carbone de la dizaine de fermes laitières à l’étude s’élève à 1,17 kg d’équivalent de CO2 émis pour chaque kilogramme de lait produit (pour le gras et les protéines). Celui de M. Rossier est plus bas, avec 1,08 kg d’équivalent de CO2 émis pour chaque kilogramme de lait produit.

« Ça a été toute une analyse. C’était presque une mise à nu, et ce n’est pas terminé », souligne M. Rossier, dans une entrevue accordée en marge de sa conférence. « On m’a demandé toutes mes factures de moulée, de diesel, mes factures d’électricité, de tous les engrais et de tous les produits chimiques », énumère-t-il.

Des solutions ambitieuses et coûteuses

Après cette première phase du projet, les producteurs participants exploreront, dans les prochaines années, différentes pistes de solutions adaptées à la réalité de leur ferme pour améliorer leur bilan. Dans le cas de M. Rossier, la réduction du nombre d’animaux de remplacement et le report au printemps de la vidange de la fosse à lisier faite à l’automne pourraient réduire de 15 % les émissions de sa ferme, selon les estimations d’Agriclimat basées sur la littérature scientifique. « Il faut tenir la fosse basse durant l’été, parce que quand le fumier est chaud, il émet plus de méthane. L’hiver, le fumier reste froid », explique le producteur.

La faisabilité d’autres scénarios « plus ambitieux » et plus coûteux sera aussi explorée dans l’optique de se rapprocher de la carboneutralité, mais la partie n’est pas gagnée d’avance. « C’est sûr qu’il y a du chemin à faire », réalise M. Rossier, qui qualifie néanmoins l’exercice auquel il participe avec Agriclimat d’enrichissant. Il invite d’ailleurs tous ses confrères producteurs laitiers à entamer une réflexion semblable. « C’est certain que c’est complexe, mais je pense que d’ici 2050, toute l’industrie va travailler là-dessus. Si tous les producteurs font un geste pour s’améliorer un peu, c’est comme ça qu’on va aller de l’avant », croit-il.