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À l’université McGill, l’équipe de la professeure Liu, incluant Dr Bei Yan et Dr Caitlin Glover, développe de nouveaux moyens de détecter les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées dans l’environnement. Photo : Université McGill

À l’université McGill, l’équipe de la professeure Liu, incluant Dr Bei Yan et Dr Caitlin Glover, développe de nouveaux moyens de détecter les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées dans l’environnement. Photo : Université McGill

La traque aux contaminants émergents dans les biosolides

Jinxia Liu a passé les dernières années à peaufiner les méthodes de suivi de la qualité de l’environnement dans les aéroports et sur les sites militaires. La professeure de génie civil à l’Université McGill veut maintenant mettre à profit son expertise pour améliorer le contrôle de la qualité des eaux et des sols en milieu agricole.

C’est que les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA ou composants perfluorés) sont une gamme de produits chimiques répandus que l’on retrouve entre autres dans les mousses extinctrices utilisées pour maîtriser les incendies dans les aéroports. Or, on retrouve aussi des SPFA en milieu agricole, car ces composés toxiques sont présents dans les boues d’épuration résultant du traitement des eaux usées utilisées pour produire des engrais à base de biosolides.

Des contaminants d’intérêt

« Il y a plus de 10 ans, je me préoccupais déjà de la présence de SPFA dans les biosolides. Je n’ai cependant pas pu travailler sur ce sujet autant que je l’aurais voulu », mentionne la chercheuse, en précisant que la contamination aux SPFA dans le milieu agricole n’était pas une « haute priorité » dans le financement de la recherche, jusqu’à récemment.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) considère aujourd’hui les SPFA comme des contaminants d’intérêt émergent. Un rapport confirmait en 2017 qu’ils sont présents en quantités importantes dans plusieurs cours d’eau agricoles de la Montérégie et de l’Estrie. En 2012, un rapport de la Direction générale du suivi de l’état de l’environnement notait déjà que les composés perfluorés étaient présents en quantités mesurables dans les cours d’eau du sud du Québec, mais qu’il n’existait pas encore de critères de qualité de l’eau pour ces substances à l’époque.

« Il faut faire plus de travail sur ce sujet, car il reste encore beaucoup d’inconnu », estime Jinxia Liu, qui déplore qu’on n’ait « pas fait suffisamment de suivis » de ces contaminants qui peuvent avoir des effets néfastes sur la santé. Malgré l’interdiction au Canada des composés les plus nocifs en 2008, les SPFA ont une durée de vie pratiquement éternelle, ce qui fait en sorte qu’on les retrouve encore un peu partout, notamment dans les biosolides utilisés comme fertilisants.

On n’est pas encore en mesure d’établir si les concentrations de SPFA présentes dans les biosolides posent des risques pour la santé humaine, et la recherche tente encore de déterminer dans quelle mesure ces composés peuvent « migrer » dans les cultures. Des études récentes suggèrent cependant que les eaux et les biosolides pollués par les SPFA sont la principale source de contamination des cultures.

En ce moment, « nous n’avons aucun moyen d’assurer un suivi adéquat » des niveaux de contamination aux différents composants perfluorés, s’inquiète Jinxia Liu. « Nous développons des outils pour mieux les détecter » et ainsi contrôler autant que possible la qualité des biosolides pour éviter la contamination des sols et des eaux par ces composés qui ont tendance à « s’agglomérer aux solides ».

Des contaminants à suivre

Il existe des milliers de types de SPFA que l’on retrouve dans une grande variété de produits de consommation courante comme les emballages alimentaires, mais seuls une douzaine d’entre eux ont jusqu’à présent fait l’objet d’un contrôle dans les biosolides.

Simon Van Vliet, Agence Science-Presse