Actualités 5 octobre 2018

Les engrais verts pour optimiser le rendement des terres 

«Un nombre grandissant de producteurs de grains adoptent des engrais verts pour optimiser la production de leurs terres. Une approche qui rapporte avec le temps.

René St-Pierre, producteur de poulets et de grains de la région de Drummondville, a invité le magazine Grains à jeter un œil sur ses champs en cet été où la pluie s’est faite plutôt discrète. D’un côté du chemin, un champ de soya verdoyant. De l’autre, du blé. C’est celui-là que Grains est venu visiter.

Les rangs sont serrés, mais pas assez pour empêcher une autre espèce végétale de prendre sa place : le trèfle rouge. Le producteur a incorporé cet engrais vert dans ses champs de blé lorsqu’il est passé au semis direct, il y a sept ans maintenant. « Il a fallu s’adapter un peu, mais je ne reviendrais pas en arrière », confie le producteur, qui pratique une rotation blé, maïs et soya sur ses terres.

Des avantages multiples

En plus de fertiliser le sol, les engrais verts participent à la création d’une zone tampon qui facilite la gestion de l’eau. Après une averse, le système racinaire agit comme une éponge et absorbe le surplus. En temps de sécheresse, les feuilles du trèfle limitent l’évaporation. « En gros, ça permet de conserver l’humidité au sol », précise Vicky Villiard, agronome au Club Durasol.

La spécialiste suit le travail d’une poignée de producteurs qui ont adopté les engrais verts dans la région de Drummondville. Avec le temps, elle a pu constater comment l’incorporation de cette pratique à celle des semis directs avait amélioré la qualité des terres sablonneuses de M. St-Pierre. Le contenu en matière organique de ses terres est passé de 2 à 4 % en quelques années. « Si on plantait une pelle ici pour soulever un peu de terre, on verrait une dizaine de vers de terre, explique l’agronome. C’est une chose qui techniquement ne se verrait pas normalement dans un sol sablonneux. »

Les producteurs Martin Tessier et Élisa Couture.
Les producteurs Martin Tessier et Élisa Couture.

Et l’adoption de cette pratique depuis plusieurs années pourrait s’avérer payante cet été pour des producteurs comme M. St-Pierre, selon l’agronome. « Certains des champs de soya de ses voisins sont déjà jaunes, alors que les siens sont tous verts, explique la spécialiste. L’ajout d’un engrais vert comme le trèfle à la culture du blé améliore la qualité de la terre et structure le sol avec le temps. »

Peu d’entretien

Et qu’en est-il du coût en temps et en argent?

Semer du trèfle dans un champ de céréales ne demande pas beaucoup de travail, selon M. St-Pierre. « Les semences de trèfle sont semées à la volée en même temps que le blé », confie le producteur. Selon son estimation, ces semences lui auront coûté cette année environ 15 $ pour chaque acre cultivée.

Mais voilà, c’est bien beau semer du trèfle, encore faut-il être capable de s’en débarrasser une fois la saison terminée. Si le trèfle rouge et le trèfle ladino améliorent la qualité de la terre et structurent le sol, ils sont tous deux susceptibles de faire de l’ombre aux pousses de maïs le printemps suivant.

M. St-Pierre s’y prend à la fin de l’automne pour éliminer son trèfle. Un épandage de glyphosate suffit. « J’ai déjà essayé de l’éliminer au printemps, mais avec moins de succès, explique-t-il. On court moins de risques à l’automne. »

Le trèfle rouge, semé en même temps que le blé,  agit comme un engrais vert.
Le trèfle rouge, semé en même temps que le blé, agit comme un engrais vert.

Voilà d’ailleurs ce que recommande Mme Villiard. « À l’automne, on laisse le trèfle le plus longtemps possible au champ pour maximiser son effet, dit-elle, mais il faut le brûler avant le premier gel; sinon, on risque d’être pris pour faire deux arrosages d’herbicide au printemps. »

Une fois morts, les plants de trèfle engraissent la terre, en plus d’offrir un support pour les prochains semis, selon Mme Villiard. « Les avantages du trèfle en semis direct sont vraiment nombreux, ajoute-t-elle, mais il faut savoir l’éliminer au bon moment. »

Intercalaires dans le maïs

Ces avantages n’ont pourtant pas convaincu Martin Tessier, un autre producteur de grains de la région de Drummondville croisé un peu plus loin. « Même si on le brûle à l’automne, le trèfle ne part pas toujours bien », explique-t-il. Voilà entre autres pourquoi il opte plutôt pour des intercalaires, un mélange de plantes semées entre les rangs de maïs.

Chaque rang compte surtout du ray-grass (60 %), mais aussi du trèfle incarnat (28 %), du trèfle rouge (7 %), du radis Nitro (3 %) ainsi que du Brassica (2 %).

« Ce sont des plantes qui ont des systèmes racinaires différents qui se complètent très bien, explique l’agronome Vicky Villiard. Des mélanges comme ceux-là, on en voit de plus en plus. »

Les intercalaires sont semées entre les rangées de maïs.
Les intercalaires sont semées entre les rangées de maïs.

Les intercalaires ne font pas que fertiliser et structurer le sol : elles améliorent aussi sa capacité de portance. Pour l’instant, le producteur ne peut chiffrer l’impact de leur utilisation sur sa production, qui suit une rotation de cinq ans. « On a effectué une série de petits changements, dont l’ajout des intercalaires, alors c’est difficile de chiffrer l’impact de chacun », dit-il.

L’adoption de ce type d’engrais vert a nécessité l’achat d’un semoir à disques. « On a essayé une fois de semer à la volée, mais rien n’a poussé », confie M. Tessier.

Selon Mme Villiard, le choix d’un engrais vert plutôt qu’un autre dépend d’ailleurs bien souvent des outils que possède un producteur. « Chacun n’a pas nécessairement accès à la même machinerie, dit-elle, alors ils font avec ce qu’ils ont. »

En principe, les intercalaires doivent être semées lorsque le maïs atteint le stade des huit feuilles. Cette année, le producteur a tardé un peu, ce qui explique que les plants d’intercalaires ont une croissance limitée. « Le maïs a poussé vraiment vite, dit-il. Mais dans le premier champ que j’ai fait, les intercalaires se sont bien développées. »

Qu’à cela ne tienne, ces plantes se reprendront à l’automne une fois le maïs récolté, et ce, jusqu’au gel. C’est d’ailleurs durant cette période qu’elles contribueront le plus à améliorer la qualité du sol.  

Martin Primeau, collaboration spéciale

Ce texte est paru dans l’édition de septembre 2018 du magazine GRAINS.