Économie 26 février 2025

Une diversification nécessaire du secteur agroalimentaire face à la menace tarifaire

L’industrie agricole canadienne doit accroître ses exportations internationales pour tenir tête aux tarifs douaniers américains et à ses concurrents mondiaux, selon un nouveau rapport de la Banque Royale du Canada publié le 25 février. 

Face à la menace tarifaire qui se profile, le document prévient que le secteur agricole et agroalimentaire canadien est vulnérable, car plus de 60 % de ses exportations sont destinées aux États-Unis. 

Les auteurs – des membres de Leadership avisé RBC et du Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group (BCG) ainsi que le professeur Evan Fraser, de l’Institut alimentaire Arrell de l’Université de Guelph – expliquent que le Canada est devenu trop dépendant des États-Unis pour ses exportations, devenant au fil des ans un fournisseur dominant des épiceries américaines. 

Par exemple, environ 96 % de l’huile de canola canadienne est allée aux États-Unis en 2024, tandis que le Canada fournit également la majorité de la potasse nécessaire aux agriculteurs américains. 

Grâce à ces relations de plus en plus étroites, le secteur agroalimentaire du Canada est devenu discrètement la plus grande source de production manufacturière du pays, selon le rapport. Les deux pays ont bénéficié de leurs solides relations commerciales. 

Mais ces avantages sont désormais menacés.

Les tarifs sur les produits agricoles et agroalimentaires feront du Canada un partenaire commercial moins intéressant pour les États-Unis par rapport à d’autres producteurs à bas coûts, comme la Chine et les Pays-Bas, précise le document. 

L’industrie agroalimentaire pourrait également avoir du mal à maintenir ses niveaux d’investissement, car l’un de ses principaux atouts est son accès préférentiel au plus grand marché du monde, peut-on lire. 

Sur la scène mondiale, le Canada est à la traîne, alors que des rivaux, comme le Brésil et l’Australie, gagnent des parts de marché sur des marchés clés, selon le rapport. Cela signifie qu’il existe des possibilités de diversification. 

Pistes de solution

Le rapport lance que le Canada devrait commencer par tirer parti de ses accords de libre-échange existants, qui donnent accès à plus des deux tiers de l’économie mondiale. 

« Le Canada doit accélérer ses démarches pour diversifier ses partenaires commerciaux, surtout en Asie du Sud-Est, en Afrique et au Moyen-Orient », soutient Lisa Ashton, responsable principale de la politique agricole chez Leadership avisé RBC, dans un communiqué. 

L’Inde constitue une autre occasion évidente, selon le document, en particulier pour les protéines végétales, où le Canada peut exceller avec sa production de pois, de lentilles et de soya. 

Avec les bonnes mesures, le rapport indique que le Canada peut augmenter sa part mondiale des exportations agroalimentaires, ajoutant 44 G$ en valeur d’exportation pour le secteur d’ici 2035.

« Pour regagner des parts de marché, le Canada doit se concentrer sur l’innovation, les capitaux, l’infrastructure des exportations, l’accès numérique et la commercialisation mondiale », précise le document. 

Les auteurs recommandent au Canada d’investir dans l’innovation dans le secteur agroalimentaire, ainsi que dans l’accès à Internet haute vitesse et à la téléphonie mobile dans les zones rurales, afin que les agriculteurs puissent adopter la dernière génération de technologie. 

Ils conseillent également d’investir dans l’infrastructure des exportations du Canada pour améliorer les délais d’exécution dans les ports, ainsi que pour commercialiser plus efficacement les produits canadiens sur la scène mondiale. 

Le rapport envisage que le Canada fasse de grands progrès dans la croissance d’industries clés, telles que la serriculture, l’aquaculture et l’élevage bovin. 

Passant d’une tactique de réaction à court terme à une croissance stratégique, le Canada peut utiliser les menaces tarifaires américaines comme un signal d’alarme pour faire de l’agriculture et de l’agroalimentaire un moteur de la diversification commerciale tout en renforçant l’autosuffisance du pays, peut-on lire.


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