Économie 15 février 2022

Prix des contenants : des maraîchers se creusent la tête pour économiser

La hausse substantielle du prix des intrants qu’ils doivent assumer en prévision de la saison 2022, notamment pour l’achat de contenants de carton et de plastique servant à emballer leurs produits, pousse des maraîchers à user de ­stratégies pour faire des économies.

Martin Hubert remarque que chaque boîte de carton qu’il utilise pour ses céleris coûte environ 0,55 $ de plus que l’an dernier. Cela veut donc dire que pour une commande de 80 000 boîtes, il paie 44 000 $ de plus. Photo : Gracieuseté de Martin Hubert
Martin Hubert remarque que chaque boîte de carton qu’il utilise pour ses céleris coûte environ 0,55 $ de plus que l’an dernier. Cela veut donc dire que pour une commande de 80 000 boîtes, il paie 44 000 $ de plus. Photo : Gracieuseté de Martin Hubert

« On fait une gestion serrée. Moi, j’ai coupé dans la hauteur de mes boîtes de laitues que j’ai commandées », explique Pascal Lecault, producteur à Oka dans les Laurentides. Plutôt que de réserver des contenants de 13,5 pouces de hauteur, comme il le fait habituellement, il en a pris à 13 pouces, ce qui lui a permis d’économiser entre 0,10 $ et 0,15 $ de carton par boîte. « Les prix ont augmenté de 25 %. Et on s’est fait dire que ça risque d’augmenter encore. C’est du jamais vu », ­soutient-il, découragé.

Un agriculteur de L’Assomption dans Lanaudière, Martin Hubert, raconte quant à lui avoir commandé ses contenants plus tôt qu’à l’habitude, pour barrer les prix à l’automne, ­anticipant que le coût continuerait d’augmenter les mois ­suivants. En contrepartie, il a fait le pari d’attendre pour réserver ses fertilisants. « Comme ça fluctue en fonction de la bourse, je me suis dit que ça allait peut-être redescendre. Mais j’ai peut-être fait un mauvais gambling finalement », admet-il, constatant que le prix des engrais a même augmenté. « La semaine dernière, mon fournisseur me faisait un prix à 1 100 $/tonne, alors qu’à l’automne, il me faisait la même formule à 1 000 $/tonne », illustre-t-il.

Une rareté qui perdure

Devant la difficulté à s’approvisionner en contenants, le producteur d’oignons verts Daniel Guinois, de Sainte-Clotilde en Montérégie, a accepté de réserver ses quantités auprès de son fournisseur sans obtenir de prix fixe pour sa commande. Il ne voulait pas prendre le risque de manquer de boîtes. « Normalement, on négocie les prix. Là, je n’ai même pas de prix final. Je sais juste que ça va me coûter entre et 20 et 25 % plus cher que l’an dernier », dit-il.

Simon Charbonneau, producteur de fraises à Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides, témoigne de son côté s’être pris beaucoup plus tôt qu’à l’habitude pour commander des contenants, mais soutient n’avoir aucune garantie qu’il les aura à temps pour la prochaine saison.

Questionnée sur le phénomène général de rareté du carton et du plastique, l’entreprise Cascades, important fournisseur de contenants destinés à la production maraîchère au Québec, a expliqué que la pandémie a généré une hausse fulgurante de la demande d’emballages destinés au commerce en ligne. Le vice-président aux communications, aux affaires publiques et au développement durable, Hugo D’Amours, ajoute à l’équation la fragilité de la chaîne d’approvisionnement résultant de la crise et de la pénurie de main-d’œuvre. « C’est certain que ça met une pression sur les producteurs, mais de notre côté, on promet d’honorer tous nos engagements auprès de nos clients », a-t-il indiqué, admettant que son entreprise peut difficilement accepter de nouveaux clients dans le contexte actuel. La Terre a tenté de joindre d’autres fournisseurs de contenants, qui n’ont pas donné suite à ses appels.