Économie 20 avril 2026

Les épiciers indépendants s’adaptent aux surcoûts liés au carburant

La hausse des prix du carburant a commencé à se répercuter sur les frais de transport après qu’une grande partie de l’approvisionnement mondial en pétrole a été coupée au détroit d’Ormuz, à la suite du conflit au Moyen-Orient. Alors que la pression se maintient, de nombreux économistes prévoient une hausse générale des prix des produits alimentaires.

Alors que la plupart des épiciers se préparent à une nouvelle vague d’inflation alimentaire, les épiciers indépendants s’attendent à une facture encore plus élevée pour leurs livraisons, puisque les fournisseurs commencent à augmenter leurs prix pour compenser les coûts du carburant.

De nombreux épiciers indépendants ont déjà commencé à recevoir des avis de leurs fournisseurs concernant des hausses de prix ou des surcoûts temporaires, rapporte Gary Sands, vice-président principal de la Fédération canadienne des épiciers indépendants, qui représente 6900 épiciers indépendants à travers le pays.

Il précise que certains fournisseurs ajoutent des surcoûts de 10 à 15 % sur les livraisons, tandis que d’autres intègrent les hausses de prix dans le prix des articles.

L’impact sur les prix des denrées alimentaires dépend de la distance que ces produits doivent parcourir, souligne Mike von Massow, économiste alimentaire à l’Université de Guelph. 

En général, le transport représente environ 3,5 à 4 % du prix de détail des denrées alimentaires, mais ce chiffre varie considérablement d’un produit à l’autre. Par exemple, la part du transport dans le prix de détail des fruits et légumes frais se situe entre 10 et 15 %, reflétant le coût d’un long trajet depuis certaines régions des États-Unis ou du Mexique, jusqu’aux magasins du Canada, ainsi que des durées de conservation plus courtes.

Bien que ce soit un coût avec lequel tous les épiciers doivent composer, M. von Massow indique que l’expédition vers les magasins indépendants peut être plus coûteuse, car ceux-ci ont tendance à recevoir des livraisons plus fréquentes de chargements plus petits.

M. Sands explique que certains épiciers indépendants tentent de maintenir leurs coûts à un niveau bas en allant, par exemple, chercher eux-mêmes leurs produits frais sur un marché de gros, et essaient de rester flexibles.

Par exemple, la chaîne familiale d’épiceries Vince’s Market, qui compte quatre magasins au nord de Toronto, va chercher ses produits frais dans un centre de distribution plusieurs fois par semaine. Chaque aller-retour représente environ 100 kilomètres, auxquels s’ajoutent les arrêts de livraison dans tous ses points de vente. 

«Nous constatons clairement une augmentation de nos coûts internes de transport, ce qui, bien sûr, pèse sur nos coûts d’exploitation», affirme le président de Vince’s Market, Giancarlo Trimarchi. Jusqu’à présent, il a calculé que le prix de l’essence a augmenté d’environ 25 % par mois. 

La suspension de 20 semaines de certaines taxes sur les carburants, annoncée récemment par le gouvernement fédéral, devrait permettre aux consommateurs d’économiser 10 cents par litre sur l’essence ordinaire et 4 cents par litre sur le diesel à compter du 20 avril. 

Des marges encore plus petites 

Dans une épicerie rurale de Tignish, à l’Île-du-Prince-Édouard, les difficultés ne se limitent pas aux surcoûts liés au carburant et au prix élevé des produits alimentaires. Le commerçant est également confronté à des retards de livraison, car certains transporteurs réévaluent leurs marges bénéficiaires pour certains itinéraires en raison de la hausse des prix de l’essence.

«Le dernier point de contact, c’est la difficulté à trouver des transporteurs. Si ce n’est pas un itinéraire rentable qui leur permet de faire des bénéfices, ils ne choisiront probablement pas cette option de livraison», déplore Darren MacKinnon, directeur général de la Tignish Co-operative Association. 

Les retards vont de quelques jours à une semaine.

Même si les livraisons finissent par arriver, les retards entraînent des coûts supplémentaires pour l’entreprise, en raison des occasions de vente manquées et de la main-d’œuvre, dont les horaires ne correspondent pas aux délais de livraison. 

M. von Massow soutient que les épiciers indépendants pourraient voir leurs marges, déjà faibles, se réduire encore davantage, car le cessez-le-feu actuel dans la guerre au Moyen-Orient reste fragile. 

Les épiciers indépendants opèrent généralement avec une marge d’environ 2 %. Ce chiffre est inférieur à la marge moyenne des grandes chaînes, qui s’élève à 3,5 %, selon le Conseil canadien du commerce de détail. 


Nouvelles de © La Presse Canadienne, 2026. Tous droits réservés. Ce matériel ne peut pas être publié, diffusé, réécrit ou redistribué.