Économie 9 février 2022

La structure des tarifs électriques décriée par Toundra

Le président-directeur général des Serres Toundra, Éric Dubé, plaide pour une modification de la structure des tarifs électriques après que les récentes vagues de froid au Lac-Saint-Jean aient fait perdre des centaines de milliers de dollars à l’entreprise.

Éric Dubé
Éric Dubé

« La façon dont l’appel de puissance est calculé n’est pas adaptée aux serres du Québec », indique-t-il. Bien que son entreprise n’adhère pas au tarif préférentiel de 5,59 ¢/kWh annoncé par Hydro-Québec pour le secteur serricole en 2020 puisque sa grande consommation lui donne accès au tarif pour clients industriels de 4,7 ¢/kWh, il n’en demeure pas moins que la structure tarifaire pose problème, à son avis.

L’appel de puissance représente une quantité d’énergie qu’Hydro-Québec met à la disposition des serriculteurs été comme hiver. Puisqu’elle leur est réservée, Hydro-Québec la facture en tout temps, même en cas de non-usage des appareils de chauffage ou d’éclairage de photosynthèse.

À Saint-Félicien, le complexe de 28 hectares de Toundra consomme 42 mégawatts d’électricité par heure (MWh), soit l’équivalent d’une ville, illustre Éric Dubé. L’appel de puissance de l’entreprise serait facturé pour 42 MWh en tout temps si la compagnie ne s’était pas prévalue de l’option d’électricité additionnelle pour la clientèle de grande puissance. Grâce à cette option, Hydro-Québec lui facture un appel de puissance moindre lorsque l’éclairage de photosynthèse n’est pas utilisé, à condition d’interrompre l’éclairage l’hiver en période de grands froids. C’est là où le bât blesse pour Éric Dubé, qui ne peut se permettre de se débrancher du réseau autant de fois que réclamé par Hydro-Québec en raison de la grande sensibilité des concombres au manque de lumière. Il est donc contraint de payer une pénalité de 50 ¢/kWh durant les périodes où il ne se débranche pas du réseau. « On a eu des centaines de milliers de dollars à payer en pénalités depuis le début du mois de janvier », dit-il.

D’un autre côté, il ne peut assumer les coûts liés à l’éclairage de photosynthèse sans l’option d’électricité additionnelle. « L’électricité additionnelle, c’est pervers parce que si on fermait les lumières une ou deux fois par hiver, ce ne serait pas grave, mais là, on est rendus à plus de 10 fois depuis le début de l’année et ça commence à avoir de l’impact. » Il explique qu’avec des pertes de rendement de concombres de l’ordre de 30 ou 40 %, les grandes chaînes d’alimentation devraient s’approvisionner en Ontario, ce qui va à l’encontre des objectifs d’autonomie alimentaire du Québec.

Hydro-Québec répond que la facturation par appel de puissance permet de récupérer des coûts sur le réseau. Le porte-parole Cendrix Bouchard soutient toutefois que le distributeur n’a pas la capacité de modifier la composition ou les tarifs d’électricité, puisqu’ils sont réglementés par la Régie de l’énergie.

Appel à limiter les interruptions

Le président-directeur général de Toundra propose entre autres que les serriculteurs se débranchent en cas de dernier recours seulement et qu’ils se divisent les séances d’interruptions entre eux ou encore que le nombre d’interruptions d’Hydro-Québec soit limité à trois ou quatre fois durant l’hiver. Le président de Savoura, Richard Dorval, dit avoir brièvement entamé des démarches avec Hydro-Québec en ce sens. « Je pense qu’il faudra s’asseoir plus longuement avec Hydro-Québec dans le futur et voir comment on peut agencer les demandes électriques avec la culture en serre, dit-il. Ce qui est difficile, ce sont les coupures multiples dans une journée, donc si on est capables d’avoir une seule coupure dans la journée, on serait capables de gérer. » Un autre grand joueur serricole québécois, les Productions horticoles Demers, a décliné les demandes d’entrevue de La Terre