Économie 13 février 2025

La menace de tarifs sur les métaux ébranle l’industrie des conserves et des canettes

La menace du président américain Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers substantiels sur les métaux crée des inquiétudes et des occasions dans le secteur de la fabrication de conserves et de canettes, une industrie qui dépend fortement de ces matières premières.

La taxe de 25 % sur l’aluminium et l’acier entrant aux États-Unis à compter du 12 mars, et la possibilité de tarifs de rétorsion, devraient avoir des répercussions sur les coûts des acheteurs de bière, de soupe et de tout ce que les producteurs emballent dans du métal.

« C’est juste un autre coup dur que l’industrie ne peut pas encaisser, affirme CJ Hélie, président de Bière Canada. L’ampleur et le moment, vous savez, ne pourraient pas être pires. »

Bien que près de 90 % de la bière consommée au Canada soit brassée ici, la plupart des canettes sont importées, y compris le format populaire de 473 millilitres, très prisé des brasseries artisanales, rappelle-t-il.

Les fabricants américains de canettes importent du métal du Canada, qui représente environ 70 % du prix d’une canette. Les tarifs douaniers rendraient ces importations plus coûteuses pour les entreprises américaines, ce qui ferait augmenter le prix de ces canettes lorsqu’elles sont revendues aux entreprises canadiennes. 

Si le Canada impose ses propres tarifs douaniers, ces biens pourraient être frappés deux fois.

Nous traversons toujours une crise d’accessibilité. Tout le monde le ressent partout, et donc si ces tarifs et les contre-mesures potentielles du Canada entrent en jeu, les brasseurs vont devoir prendre une décision très difficile.

CJ Hélie, président de Bière Canada

L’industrie est confrontée à des tarifs sur l’aluminium qui sont beaucoup plus élevés que les 10 % imposés pendant le dernier mandat du président Trump, et même si la taxe ne s’élève qu’à quelques cents par canette, les coûts pour l’industrie se chiffreront en centaines de millions de dollars, selon M. Hélie.

Les coûts potentiels sont également plus élevés parce que les canettes continuent de gagner en popularité par rapport aux bouteilles en verre, représentant 75 % des ventes en 2023, contre 53 % en 2015, ajoute l’association commerciale.

La précédente série de menaces tarifaires a entraîné un accroissement de la production nationale de canettes, mais, compte tenu des coûts impliqués et de la nature intégrée des économies des deux pays, il n’a pas été facile d’augmenter la capacité, explique M. Hélie.

Des conserves québécoises

Erick Vachon est l’un de ceux qui ont vu une circonstance opportune pour la production nationale alors que les chaînes d’approvisionnement sont devenues moins fiables.

Il a cofondé Ideal Can, en 2020, et dirige maintenant ce qu’il soutient être le seul producteur canadien de conserves alimentaires, tout en produisant également d’autres gammes d’emballages sur trois chaînes, chacune générant environ 1 000 boîtes par minute. 

Anticipant une demande accrue pour ses conserves produites au pays, M. Vachon travaille à ajouter un autre quart de travail pour augmenter la capacité et compenser un peu l’impact. 

« Les tarifs sont mauvais pour les Canadiens, bien sûr, commente l’entrepreneur de Saint-Apollinaire, au Québec. Je dois donc avoir trois quarts de travail par semaine, et, bien sûr, nous cherchons à augmenter la capacité de l’usine. » 

Mais cela n’aura guère d’effet sur la demande, la capacité d’Ideal Can étant d’environ 400 000 boîtes par an, comparativement à une consommation qu’il estime être d’environ 1,8 milliard de boîtes par an au Canada. 

Des milliards de conserves

Le marché total des contenants en métal affecté par les tarifs et les contre-mesures est beaucoup plus important. Selon le Can Manufacturers Institute, une association américaine, environ 25 milliards de conserves destinées à l’alimentation humaine et animale ont été produites en 2023 aux États-Unis et au Canada ainsi que quelque 103 milliards de canettes de bière et de boissons gazeuses.


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