Économie 18 février 2022

Hausse prévue des taux hypothécaires : on investit dans ses équipements ou on attend?

Dans un contexte où une hausse des taux d’intérêt est sur le radar des économistes, les producteurs de grandes cultures sont confrontés à un dilemme : investir maintenant ou attendre que les vents se calment? Notre journaliste a enquêté sur le sujet et voici son compte-rendu. 

André Picard, vice-président au financement à la Financière agricole du Québec. Photo : Gracieuseté de la FADQ
André Picard, vice-président au financement à la Financière agricole du Québec. Photo : Gracieuseté de la FADQ

« C’est toujours le temps de faire de bons projets. Investir dans un ouvrage de stockage des grains qui me permet d’avoir un meilleur revenu, ça peut demeurer une excellente ­décision même si les taux montent », rappelle André Picard, ­vice-­président au financement à la Financière agricole du Québec (FADQ).

Instauré en avril 2020, le Programme Investissement Croissance a généré des investissements de près de 2,3 G$ depuis son lancement. Les producteurs de grains sont admissibles à des aides financières pour les volets 2, 3 et 4 du programme.

Dans le cas du volet 2 (Appui Croissance Plus), la FADQ accorde une aide financière correspondant à 10 % du montant investi, jusqu’à un maximum de 60 000 $, pour des travaux reliés à la construction, à la rénovation ou à l’amélioration d’équipements. « Ça peut être la construction de nouveaux ouvrages de ­stockage ou des améliorations technologiques », explique André Picard.

Admissibles au volet 4 (Jeunes entrepreneurs), les producteurs de moins de 40 ans verront cette aide financière bonifiée à 15 % pour les premiers 300 000 $ investis, soit un maximum de 45 000 $. En guise d’exemple, un jeune agriculteur qui investirait 1 M$ dans ses équipements pourrait bénéficier d’une somme de 45 000 $ du volet 4 et de 30 000 $ du volet 2.

Le volet 3 est relié aux investissements destinés à la valorisation agroenvironnementale des terres en culture. « Ça peut être de l’amélioration de drainage, du chaulage correcteur, du nivelage, une remise en culture d’une terre en friche », donne en exemple André Picard. Dans ce cas-ci, l’aide financière équivaut à 10 % du montant investi, jusqu’à un maximum de 200 000 $, soit une subvention de 20 000 $.

Ces aides financières sont versées à raison de deux paiements par année sur trois ans. « Après cette période, le producteur est de nouveau admissible au programme s’il décidait de faire des investissements supplémentaires », précise André Picard.

Dans l’éventualité d’une hausse des taux de crédit, la FADQ dispose aussi du Programme contre la hausse des taux ­d’intérêt. Si le taux venait à dépasser 8 %, 60 % de la portion d’intérêt supplémentaire seraient assumés par La Financière. Le programme a été aussi ajusté pour les jeunes producteurs de moins de 40 ans.

Ainsi, la FADQ assure un taux maximal de 5 % pour les détenteurs d’un DEC en gestion agricole ou l’équivalent; de 6 % pour les détenteurs d’un DEC en administration ou l’équivalent ou d’un DEP; et de 7 % pour un jeune producteur n’ayant pas de formation reconnue.

En vertu d’une entente avec les institutions financières, les prêts garantis par la FADQ sont basés sur le taux hypothécaire résidentiel, soit le plus bas du marché. « Les taux sont amenés à augmenter, mais je ne pense pas qu’à court terme on atteigne des taux hypothécaires à 8 % », croit le vice-président au financement.

André Picard rappelle que les producteurs ne doivent pas tomber dans le piège de ne rien faire tout en étant sélectifs au moment de prendre des décisions d’affaires. « Refaire un toit qui coule, c’est imprévu, mais on sécurise notre actif. Remplacer un tracteur maintenant ou attendre quelques années, ça se discute. C’est aussi important que l’entreprise ne prenne pas un retard technologique », conclut-il.

Exemples de projets admissibles

  • La construction, la rénovation ou l’amélioration d’un bâtiment, sauf si elle est liée à l’hébergement humain;
  • L’achat d’équipements de production et de machineries non autotractées;
  • Un investissement pour une production exigeant l’acquisition initiale de plants pérennes ou d’animaux reproducteurs;
  • L’achat de machinerie autotractée visée utilisée pour la réalisation d’opérations culturales ou pour l’alimentation des animaux. Les machineries autotractées visées sont : la moissonneuse-batteuse, la récolteuse automotrice, la faucheuse automotrice, la fourragère automotrice, l’arroseuse automotrice et la ration totale mélangée automotrice. Le financement admissible est limité à 50 % du montant financé pour l’achat de la machinerie visée;
  • La réalisation de travaux visant la valorisation agroenvironnementale des terres en culture, tels que le drainage, le chaulage correcteur, la remise en culture des terres en friche, etc.;
  • La réalisation de projets agroenvironnementaux à la ferme.