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Photo : Archives / TCN

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Culture du chanvre : ordonnance de faillite pour Agrofibres

Après avoir affirmé en 2019 son ambition de transformer 4 000 tonnes de fibres de chanvre annuellement tout en développant un programme agronomique complet permettant de cultiver près de 1 500 hectares de chanvre dans Lanaudière, voilà que l’entreprise Agrofibres ferme ses portes. Une ordonnance de faillite a été rendue à son égard le 27 janvier dernier.

Le bilan de la faillite d’Agrofibres est signé par Luc Boivin, qui en était président. Ce dernier est également copropriétaire d’Agrocentre Lanaudière, un fournisseur d’intrants agricoles. La faillite d’Agrofibres laisse une dette de 672 127 $ à des créanciers non garantis.

La Terre n’a pu rejoindre M. Boivin. Par contre, Nathalie Brault, syndic autorisée en insolvabilité responsable du dossier, a mentionné qu’Agrofibres n’avait plus de fonds et que le seuil de rentabilité n’avait jamais été atteint, résume-t-elle.

Jocelyn de Grandpré, directeur général de la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) de D’Autray-Joliette, à qui Agrofibres devait plus de 50 000 $, a investi lui-même beaucoup de temps et d’énergie dans le développement de la filière chanvre dans Lanaudière. Cette fermeture représente une triste fin pour ce projet qui lui tenait à cœur.

« Les cultures ne suivaient pas »

Deux problèmes ont plombé l’entreprise Agrofibres, pointe Jocelyn de Grandpré. D’une part, l’équipement de transformation n’était pas assez productif. Il aurait fallu investir des sommes importantes pour avoir une capacité de production rentable.

D’autre part, les agriculteurs locaux n’ont pas suffisamment répondu à l’appel. « Les cultures ne suivaient pas. Les agriculteurs préféraient cultiver ce qui est plus simple et plus rentable comme du soya et du maïs », constate M. de Grandpré. Faire venir de la fibre d’ailleurs aurait gonflé les coûts de production. 

Anzhella Paronyan dénonce la vente des installations à un encanteur plutôt qu’à un intervenant qui aurait pu développer la filière du chanvre. Photo : Gracieuseté d’Anzhella Paronyan

Anzhella Paronyan dénonce la vente des installations à un encanteur plutôt qu’à un intervenant qui aurait pu développer la filière du chanvre. Photo : Gracieuseté d’Anzhella Paronyan

Un démantèlement qui dérange

La productrice de chanvre Anzhella Paronyan cultive avec son fils plus d’une cinquantaine d’hectares de chanvre dans la région du Pontiac, en Outaouais. Elle a déposé une offre au syndic pour acheter les équipements d’Agrofibres et voulait redémarrer l’usine là où elle se trouve dans Lanaudière, mais elle vient d’apprendre avec déception et incompréhension que le syndic a plutôt vendu les équipements à une compagnie de Toronto, spécialisée dans les encans.

L’usine sera vraisemblablement démantelée. « L’usine devait servir à développer le chanvre. C’était une excellente idée d’impliquer les fermiers autour. Ce qui me met le plus en colère est que cet équipement a été acheté avec des milliers de dollars des contribuables. Maintenant, c’est la faillite et c’est vendu ailleurs.  Incroyable! Il faut que cette usine reste », s’insurge-t-elle.

Nathalie Brault rappelle qu’un syndic de faillite a le mandat de minimiser les pertes des créanciers et non d’aider la production de chanvre. Elle précise cependant qu’Agrofibres avait effectué une recherche afin de trouver un acheteur en continuité des affaires.