Économie 6 novembre 2017

Le chèque de la Financière « ne fait pas l’affaire »

Des producteurs du Bas-Saint-Laurent durement touchés par la sécheresse l’été dernier estiment que La Financière agricole du Québec (FADQ) ne compense pas suffisamment leurs pertes.

« C’est un gros sujet de discussion entre producteurs : on est déçus. Oui, on a reçu un chèque en avance, mais il ne fait pas l’affaire. La Financière a calculé que mes pertes étaient de 64 %; moi, je les évalue plutôt à 90 %. Cette différence a un gros impact économique sur ma ferme », peste Daniel Reichenbach, un producteur de bovins de Saint-Ulric.

En entrevue téléphonique, le directeur régional de la FADQ, Bruno Bélanger, souligne avec fierté que son organisme a versé 4,2 M$ en avance aux agriculteurs touchés par la sécheresse. Il affirme que le travail d’analyse se poursuit et que les compensations finales seront établies au début de décembre.

Modèle théorique

L’écart entre les rendements évalués par Daniel Reichenbach et ceux estimés par la Financière résulte essentiellement du modèle théorique que cette dernière a utilisé et qui calcule le taux de pertes en fonction du nombre de millimètres de précipitations reçues. L’agriculteur explique que si la FADQ avait pris en compte la période du 1er juillet au 15 août plutôt que celle du 1er juillet au 30 août, il y aurait 40 mm de pluie en moins dans son modèle, et cela confirmerait la perte de 90 % qu’il a subie.

Le directeur précise que la Financière a déjà accepté de revoir ses normes destinées à établir le taux de pertes, afin de considérer l’ampleur des éléments constatés au Bas-Saint-Laurent. Il assure cependant ne pas être en mesure d’en faire plus puisque les protections d’assurance agricole sont définies par des normes approuvées par le gouvernement fédéral et appliquées uniformément à la province. Elles ne peuvent pas être changées d’une ferme à l’autre.

Son propre fonds d’assurance

Un autre producteur, établi cette fois près de Rimouski, a contacté La Terre pour expliquer qu’il a obtenu une récolte très médiocre de céréales. « La Financière ne veut pas me dédommager. C’est la catastrophe! J’ai 14 000 $ de pertes, mais pas de compensation. En ce qui concerne l’avenir, je préfère ne plus m’assurer et me faire mon propre fond. » Pour sa part, Daniel Reichenbach ne voit pas non plus pour quelle raison il souscrirait à l’assurance récolte l’an prochain.

Bruno Bélanger affirme qu’il respecte le choix des producteurs. Il mentionne cependant le fait que les agriculteurs ne payent pas plus que 40 % de leur prime d’assurance, le reste étant déboursé par les gouvernements. De plus, les frais de gestion ne sont pas facturés aux agriculteurs, mais payés par les contribuables. « La Financière offre des outils très intéressants aux producteurs et on est capable de le démontrer », conclut-il.