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L’annonce de la fermeture définitive de l’usine Damafro teintera vraisemblablement la séance d’information déjà prévue à l’agenda des producteurs de lait de chèvre le 29 octobre. Crédit photo : Martin Ménard/Archives TCN

L’annonce de la fermeture définitive de l’usine Damafro teintera vraisemblablement la séance d’information déjà prévue à l’agenda des producteurs de lait de chèvre le 29 octobre. Crédit photo : Martin Ménard/Archives TCN

Agropur ferme définitivement l’usine de Saint-Damase

Un autre revers afflige les producteurs de lait de chèvre. Après plus d’un an de négociations, Agropur met définitivement un terme aux activités de son usine de transformation laitière caprine Damafro, à Saint-Damase, en Montérégie.

Agropur dit avoir exploré « différentes avenues » pour justifier le maintien de l’usine de Saint-Damase, « mais aucune n’a pu se concrétiser », a fait savoir l’entreprise par voie de communiqué.

Christian Dubé, le président des Producteurs de lait de chèvre du Québec (PLCQ), accueille cette nouvelle avec amertume. « Dans le fond, ils travaillaient de leur bord à des solutions de rechange. Nous autres, à part se faire dire qu’ils travaillaient là-dessus, on n’a pas su grand-chose de ces solutions-là », explique-t-il.

De l’équipement à décommander

Christian Dubé était tellement persuadé que les pourparlers connaîtraient un dénouement positif qu’il avait poursuivi le projet d’expansion de sa ferme pour doubler la taille de l’entreprise. Au moment de l’entrevue du 22 octobre, il s’activait à décommander tous les achats d’équipement du nouveau bâtiment. « On est en train de défaire ce qu’on a fait depuis des mois », indique M. Dubé.

L’éleveur est personnellement affecté par la décision de la coopérative. Sa ferme est située en face de l’usine Damafro, à qui il achemine actuellement 75 % de sa production. Il espère parvenir à rediriger sa production vers d’autres transformateurs délaissés par des éleveurs ayant quitté la production.

Christian Dubé. Crédit photo : Archives TCN

Le président des Producteurs de lait de chèvre du Québec, Christian Dubé. Crédit photo : Archives TCN

En ce moment, il est difficile de prévoir où exactement les volumes produits par l’ensemble des producteurs pour Damafro seront réacheminés. « C’est la période où les acheteurs font leurs commandes pour la prochaine année et les éleveurs [évaluent] les capacités de produire. On va voir ce que ça dit en ce qui concerne l’arrimage entre l’offre et la demande », indique Christian Dubé. Si l’on avait mis de côté le dossier ces derniers mois pour se concentrer sur l’amélioration de la qualité du lait, l’usine de transformation chinoise de Kingston en Ontario est l’une des options envisagées. « Si on n’avait pas de lait pour Kingston, là on va peut-être en avoir », souligne-t-il.

Pour le président de l’Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, cette fermeture pourrait être indirectement causée par l’accord de commerce avec l’Europe. « J’espère qu’Agropur ne fait pas ça pour avoir de l’espace pour distribuer ses importations, dit-il. Ce serait malheureux. »

Jusqu’à la fin décembre

Agropur honorera ses contrats avec les producteurs jusqu’à la fin décembre et fermera ses portes en mars 2020. Si la coopérative transformait 25 % du lait de chèvre de la province en 2018, le président des PLCQ assure que les quantités livrées par les éleveurs ont grandement diminué devant la menace de fermeture imminente.

Clément Caouette, de Saint-Hyacinthe, fait partie de ceux-là. « J’ai arrêté de livrer chez eux au mois d’avril. Maintenant, je livre au Vermont pour la survie de ma ferme », souligne-t-il.

Stéphanie Bélanger-Naud compte repartir la ferme laitière caprine familiale d’ici trois ou quatre ans, mais pas sans une fromagerie. « On n’aime pas trop le principe d’être dépendant des transformateurs, a-t-elle indiqué. C’est [en entendant de telles nouvelles] qu’on ne veut pas vendre du lait. »

Une séance d’information était déjà prévue à l’agenda des producteurs de lait de chèvre le 29 octobre. La nouvelle de la fermeture de Damafro risque d’éclipser une partie de l’ordre du jour.