Économie 30 mars 2017

Acheter une terre à 19 000 $ l’acre : un mauvais investissement?

Acheter une terre à 19 000 $ l’acre n’offre aucune rentabilité et peut même s’avérer un placement hasardeux, explique Manon Bédard, diplômée en agronomie et directrice de comptes agricoles à la succursale Desjardins de Saint-Hyacinthe.

« On calcule que pour générer des profits, un producteur de grains doit payer sa terre 5 300 $ l’acre au maximum. À 19 000 $ l’acre, le producteur ne fera pas de profit; il devra payer pour la cultiver pendant les 25 prochaines années », indique-t-elle. Elle ajoute qu’en réaction aux prix élevés des terres, des agriculteurs demandent un financement sur 40 à 50 ans.

Un investissement hasardeux

La surenchère des terres dans certaines régions du Québec, comme en Montérégie, empêche la relève non apparentée de prendre racine et peut poser un risque financier à des entreprises en place. Néanmoins, certains propriétaires vont de l’avant et achètent des terres qui coûtent cher.

« Ce sont généralement les agriculteurs eux-mêmes qui ont fait augmenter la valeur des terres. La folie d’acheter est plus forte que tout, surtout quand c’est la terre du voisin. Et ce qui est épouvantable, c’est de voir des entreprises endettées jusqu’au cou. Elles ne peuvent plus bouger et si les taux d’intérêt montent, certaines devront se départir de quelques actifs. Je trouve ça inquiétant », dit Mme Bédard.

La valeur des terres a tellement augmenté dans certaines régions que bon nombre d’agriculteurs voient l’achat d’une terre, même à 19 000 $ l’acre, comme un investissement. « Des clients me disent que les terres vont encore doubler, que c’est un bon fonds de pension. Mais je ne crois pas que les prix vont s’apprécier davantage. Beaucoup de producteurs sont près de la retraite. Il y aura plus de terres à vendre ou à louer. Des entreprises obligées de vendre pourraient le faire à perte. Ça inquiète certains directeurs de comptes et c’est pour ça qu’on ne finance pas une terre à 100 % de sa valeur », résume-t-elle.