Les transformateurs de produits de la mer n’hésitent pas à aller épandre gratuitement leurs résidus dans les fermes intéressées. Photo : Gaétanne Mauger
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S'abonner maintenantLa valeur nutritive des produits de la mer est connue depuis l’époque où les autochtones enfouissaient des poissons dans leurs terres cultivées pour aider à les fertiliser. Aujourd’hui, les propriétaires d’usines de transformation de crustacés perpétuent cette façon de faire avec leurs résidus, au grand bonheur des agriculteurs.
Frédéric Leblanc est producteur de bovins établi à Percé, en Gaspésie. Ses terres céréalières permettent aux déchets de l’usine de transformation de crabe et de homard E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, d’être transformés en engrais agricole.
« Ça double et triple presque la production. En plus, je reçois ce fertilisant gratuitement. Après que les travailleurs de l’usine l’aient étendu dans mes champs et qu’ils aient labouré, je n’ai qu’à herser et faire ma semence », raconte fièrement le producteur gaspésien.
Entremetteurs agricoles
Les carapaces, antennes et autres résidus de crustacés rejetés en usine contiennent d’excellents nutriments dont les terres agricoles bénéficient. Si M. Leblanc peut en profiter, c’est que ses terres ont réussi les tests d’admissibilité d’agronomes spécialistes en matières résiduelles organiques engagés par les usines de poissons, un passage nécessaire pour recevoir un permis du ministère de l’Environnement.
Des échantillons prélevés sur les terres et d’autres provenant de l’usine de crustacés sont d’abord envoyés en laboratoire où les besoins du sol et le potentiel nutritif des résidus marins sont déterminés. L’agronome élabore ensuite une « recette personnalisée » qui est respectée grâce à l’accompagnement d’un gestionnaire de projet sur le terrain. Ce suivi assure un bon rendement des fertilisants et permet d’ajuster leur apport pour maximiser leur efficacité.
Moins de frais de transport
Si, de mai à septembre, les agriculteurs laissent plusieurs usines de produits de la mer livrer les résidus de crustacés, les épandre et labourer leurs terres, et ce, tout à fait gratuitement, c’est que les propriétaires d’usines savent calculer leurs bénéfices. Jean-Eudes Caron, responsable des résidus chez E. Gagnon et Fils, explique que c’est un excellent moyen de se départir des déchets de l’entreprise qui, autrement, seraient transportés au dépôt de résidus destinés au compostage situé à Chandler, soit à quelque 25 km du lieu de la compagnie. Les frais de transport ajoutés au coût des résidus compostés calculés au poids sont supérieurs au « troc agricole » en place. « On privilégie les terres de producteurs situées à 15 km à la ronde pour nous éviter des coûts de transport. C’est du donnant-donnant. Nous, on économise, et eux aussi. En plus, c’est un engrais naturel et plus écologique que de faire livrer de la chaux », conclut celui dont l’usine transfère environ trois millions de livres de résidus de homards, de crabes et de tourteaux par an sur près d’une quinzaine de terres.
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Des crevettes qui chouchoutent les choux Les résidus de crevettes nordiques de Pêcheries Marinard, de Rivière-au-Renard à Gaspé, rendent tout aussi heureux le producteur de choux Sylvain Tapp. Le copropriétaire des Produits Tapp, une entreprise qui produit de la choucroute certifiée biologique, se déplace volontiers pour s’approvisionner en résidus de crevettes séchées et broyées qui fournissent notamment de l’azote à la terre sablonneuse de ses plantations. L’entrepreneur s’approvisionne d’engrais dans la fine part des 220 tonnes de résidus de crevettes qui ne sont pas expédiées en Europe pour être utilisées afin de rehausser le goût des bouillons et des sauces. Environ 1,2 tonne de résidus s’en va ainsi dans les terres de Gaspésie. |