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S'abonner maintenantDe la mi-novembre à la fin mars, Raymond Lussier chauffe son atelier et sa serre d’orchidées de grande valeur à l’aide de ses quelque 700 ruches d’abeilles entreposées dans le caveau d’hivernage.
« Pourquoi ne pas récupérer la chaleur qu’il faut évacuer hors du caveau d’hivernage? » lui avait suggéré il y a plusieurs années Bernard Levac, un agronome spécialisé en apiculture au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. « L’hiver, la température du caveau doit demeurer à 3 ou 4 °C, sinon les abeilles sortiraient et chercheraient à butiner », explique M. Lussier, apiculteur, producteur d’orchidées renommé et technicien en hématologie à la retraite. « Dans la ruche, les abeilles maintiennent une température d’environ 32 à 34 °C », poursuit M. Lussier.
Cette température peut descendre entre 20 et 25°C, ajoute son fils Jérémie : « Mais chaque ruche dégage quand même environ 5 watts à l’heure, pour un total, avec nos 700 ruches, de 3 500 watts à l’heure. » Luthier de formation, apiculteur de métier, Jérémie se passionne pour les abeilles depuis qu’il a six ans. Il est aujourd’hui responsable du rucher familial.
Serpentin transmetteur de chaleur
Au haut d’un mur du caveau d’hivernage est installé un évaporateur récupérateur de chaleur comprenant un serpentin parcouru par du fréon. « C’est le même gaz que dans le circuit d’un réfrigérateur standard, qui extrait la chaleur des aliments et la restitue à l’extérieur, décrit M. Lussier. Sauf qu’ici, une vanne nous permet de récupérer la chaleur et de la transmettre, par un circuit parallèle, vers l’atelier et la serre, au lieu de la renvoyer dans le compresseur de refroidissement du caveau. » Quand la température tombe sous les -10 °C à l’extérieur, un poêle à bois et parfois des chaufferettes électriques prennent le relais pour chauffer l’atelier.
Raymond Lussier avait d’abord installé ce dispositif de transfert de chaleur pour chauffer la miellerie qu’il avait bâtie en 1984. Il l’a reproduit en 2006 en construisant l’atelier de 83 m2 et la serre adjacente de 47 m2. La température est maintenue dans la serre à 12 °C la nuit et à plus de 25 ou 26 °C le jour, car la majorité des superbes orchidées de la serre proviennent principalement d’Amérique centrale et du Sud, et d’Asie.
L’installation du système a coûté à M. Lussier 3 000 $, soit le même montant qu’il devait payer en moyenne tous les ans pour chauffer la serre.
Des orchidées et du miel appréciés mondialement
La production de miel de l’entreprise Miel R. Lussier et Fils est d’environ 64 kg par an, mais elle atteignait les 115 kg en 2002. « Il y a moins de cultures fourragères et davantage de fauches le long des fossés, d’où une moins grande diversité de fleurs », constatent Raymond et Jérémie Lussier. Ce dernier déplore aussi l’usage des insecticides systémiques qui imprègnent le pollen des fleurs.
Les ruches de l’exploitation familiale sont désormais déposées au pied des monts environnants où poussent des tilleuls d’Amérique. Leur pollen donne au miel un goût apprécié, et ce, jusqu’en Europe, par amis interposés.
Dans son laboratoire aseptisé, Raymond Lussier a créé depuis 1995 plusieurs nouvelles variétés d’orchidées. Une trentaine d’entre elles ont gagné des prix prestigieux chez nous et ailleurs dans le monde. Par exemple, son hybride ‘Wilsonara Louise Blanchette’, baptisé du nom de son épouse, a remporté deux prix à la Société américaine de l’orchidée.
Une bonne idée pour tous les éleveurs
Raymond Lussier suggère à tous les éleveurs d’utiliser le principe de récupération de la chaleur. « Ils pourraient chauffer un autre bâtiment ou des locaux adjacents à une étable. Les vaches génèrent beaucoup de chaleur qui pourrait servir, l’hiver, au lieu d’être évacuée », conclut Raymond Lussier.
Hubert Brochard