Actualités 22 juillet 2016

De la machinerie au méthane pour améliorer le bilan de GES

Le méthane produit par les vaches laitières du Québec alimentera peut-être bientôt les camions qui transportent leur lait.

C’est là l’une des avenues qu’aimerait étudier la Coop Carbone au cours des prochains mois. L’organisme, qui cherche à réduire le bilan québécois d’émissions de gaz à effet de serre (GES) par l’implantation de nouvelles approches, a lancé le mois dernier le projet Agro Carbone afin de s’attaquer au monde agroalimentaire,
responsable à lui seul d’environ 16 % des émissions de GES du Québec.

Et pour commencer, il ciblera plus particulièrement la filière laitière avant de se pencher sur les cas des industries du porc et de la volaille.

« L’objectif, c’est d’abord de déterminer quels sont les obstacles à la réalisation de projets qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur laitier », explique Jean Nolet, président-directeur général de la Coop Carbone.

En réunissant les acteurs de la chaîne de valeur du lait en plus d’investisseurs et de spécialistes des technologies, l’organisme tentera de stimuler l’innovation sociale dans le secteur. « On pense qu’en faisant travailler tout le monde ensemble, on réussira à lever des barrières qui empêchaient jusqu’ici la réalisation de projets dans les fermes laitières », ajoute-t-il. Selon lui, la petite taille des fermes du Québec constitue probablement l’un des plus grands freins. Le diagnostic
d’Agro Carbone permettra notamment de déterminer si c’est bien le cas.

« Ce qu’on constate déjà, c’est qu’il y a des projets qui sont mis de l’avant dans des fermes plus grosses comme certaines en Californie, dit-il. On suppose qu’il y a des économies d’échelle à réaliser en regroupant les ressources de plusieurs fermes pour arriver aux mêmes réalisations. »

L’implantation de technologies de captage du biométhane intéresse particulièrement Agro Carbone. Ce gaz, produit par la fermentation entérique des vaches, contribue à lui seul à 36 % de la production totale de GES par les fermes du Québec. Une fois capté, il pourrait alimenter une partie de la machinerie agricole ou servir à chauffer les bâtiments. On entrevoit aussi la possibilité de l’injecter dans le réseau de Gaz Métro.

Agro Carbone envisage également des solutions qui permettront de diminuer la production de méthane par les vaches, en leur imposant, par exemple, un régime alimentaire à base de graines de lin. Selon l’Institut national de recherche scientifique de France, un tel régime pourrait réduire de 20 % le méthane émis par les vaches. L’organisme cherchera aussi à traduire un tel gain en économies pour les agriculteurs en leur donnant accès plus facilement à des mécanismes incitatifs
comme celui du marché du carbone.

« L’idée, c’est de créer des synergies pour que des solutions qui ne sont pas envisageables individuellement le deviennent collectivement, explique M. Nolet. Une fois le volet diagnostic réalisé, on passera à la seconde étape, et on pourra mettre en oeuvre des projets structurants. »

Le projet Agro Carbone dispose d’une enveloppe de 400 000 $. Le gouvernement québécois y contribue à une hauteur de 210 000 $ par l’entremise du Fonds vert. Fondaction CSN, le Mouvement Desjardins, La Coop fédérée, Agropur, les Producteurs de lait du Québec et Gaz Métro sont au nombre des investisseurs privés qui complètent le financement.

 

Martin Primeau