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Jay Hackney (à gauche) en compagnie d’un producteur québécois qui a été l’un des premiers à semer de la luzerne génétiquement modifiée HarvXtra. Photos : Martin Ménard/Archives TCN

Jay Hackney (à gauche) en compagnie d’un producteur québécois qui a été l’un des premiers à semer de la luzerne génétiquement modifiée HarvXtra. Photos : Martin Ménard/Archives TCN

Les ventes de luzerne génétiquement modifiée augmentent

Les ventes de luzerne génétiquement modifiée stagnaient depuis l’introduction de ce produit en 2016 au Québec, mais voilà qu’elles augmentent depuis les deux dernières années, rapporte Jay Hackney, responsable de la gestion des traits de caractère chez Forage Genetic International, la compagnie basée aux États-Unis qui est derrière la luzerne HarvXtra.

Cette luzerne est génétiquement modifiée (GM) pour résister à un herbicide non sélectif, le Roundup. Elle promet aussi d’être plus faible en lignine, une substance qui rigidifie les parois des cellules végétales, et d’être de 15 à 20 % plus digestible pour l’animal, donc plus nutritive. Jay Hackney mentionne que les ventes augmentent plus au Québec qu’en Ontario présentement. Des 500 hectares de luzerne GM semés en 2016, le Québec compterait maintenant environ 2 500 à 3 200 ha de luzerne génétiquement modifiée, calcule Jay Hackney.

Un débat polarisant

Cette situation ne fait pas que des heureux. Les agriculteurs sous régie biologique redoutent les problèmes de contamination génétique causés par son utilisation. Dans le Centre-du-Québec, le producteur laitier Louis Rousseau, sous régie biologique, montre du doigt l’avènement du maïs GM et du soya GM. « Aujourd’hui, c’est difficile de trouver des semences de maïs non contaminées. L’an passé, l’une des variétés de semences supposées être sans OGM testait à 3 % d’OGM. Ce sera le même enjeu avec la luzerne OGM. On va avoir de la difficulté à trouver de la non OGM. C’est sûr que ça va arriver. C’est un combat David contre Goliath qu’on vit », dénonce-t-il. Et contrairement aux maïs, soya et autres, cette luzerne génétiquement modifiée est une plante vivace. Elle peut donc se reproduire et coloniser le territoire.

Même si Jay Hackney assure que les risques sont minimes étant donné que les producteurs fauchent la plante avant sa pleine floraison, des études américaines affirment que la contamination génétique existe. Lise Tremblay, directrice régionale de la fédération de l’Union des producteurs agricoles du Saguenay–Lac-Saint-Jean, rappelle que son organisation demande aux producteurs de la région d’adopter le principe de précaution et de ne pas utiliser de semences de luzerne GM. Elle croit que la consigne a été respectée jusqu’à maintenant.

Afin d’évaluer si ce principe de précaution, adopté il y a quelques années, est toujours nécessaire, la fédération a commandé en 2020 une étude au centre de recherche Agrinova. L’objectif consiste à évaluer les risques de contamination de la luzerne non GM par la luzerne GM en sol québécois. Sans pouvoir partager de résultats préliminaires, Lise Tremblay explique à La Terre que l’étude est réalisée chez des producteurs d’autres régions où la luzerne GM est employée, dont l’une où un agriculteur a vu son champ de luzerne être contaminé par la luzerne GM de son voisin. L’étude se terminera au début de 2023.

Satisfait

En Montérégie, Érick Gasser et sa famille utilisent de la semence de luzerne GM depuis 2017. Le fait de pouvoir employer l’herbicide dans sa luzernière lui a permis d’obtenir une meilleure implantation, sans mauvaise herbe, avec des récoltes de luzerne pure, se réjouit-il.

L’un de ses champs de luzerne commence à être abîmé par l’hiver. Il appliquera de l’herbicide et implantera des graminées dans les trouées, ce qui lui permettra d’obtenir deux à trois ans supplémentaires de fourrage sans avoir à travailler le sol. Voilà ce qui justifie, selon lui, l’achat de la luzerne GM, plus chère que la conventionnelle. Elle n’est toutefois pas invincible. Il se souvient d’un hiver qui a terrassé toute la luzerne, tant conventionnelle que génétiquement modifiée.

La nutritionniste animale qui conseille la ferme de M. Gasser affirme qu’il est impossible de savoir si la digestibilité supérieure alléguée de la luzerne GM a réellement permis d’améliorer les performances du troupeau puisque la « variable luzerne » ne peut être isolée dans la ration mélangée des vaches. Le vendeur de semences Raymond Lemoine, de l’Agrocentre Farnham, se dit toutefois convaincu de la digestibilité accrue de cette luzerne et ajoute qu’au champ, le fait d’avoir une luzernière pure permet de fertiliser optimalement cette plante et d’assurer de meilleurs rendements, contrairement à une régie de culture où la luzerne est mélangée lors de l’implantation avec d’autres plantes fourragères, ce qui impose un compromis de fertilisation non ­optimale pour chacune d’elles.