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« Dans le contexte actuel, si je réussis à récolter 75 000 lb d’asperges, ce sera beau », anticipe Mario Rondeau dont la production annuelle s’élève normalement à 200 000 lb de légumes. Photo : Gracieuseté de Mario Rondeau

« Dans le contexte actuel, si je réussis à récolter 75 000 lb d’asperges, ce sera beau », anticipe Mario Rondeau dont la production annuelle s’élève normalement à 200 000 lb de légumes. Photo : Gracieuseté de Mario Rondeau

Des producteurs maraîchers envisagent de produire moins

Certain de ne pas recevoir tous ses travailleurs étrangers temporaires (TET) à temps pour la récolte d’asperges, début mai, Mario Rondeau, agriculteur à Saint-Thomas dans Lanaudière, compte réduire de moitié sa production cette saison.

« D’habitude, je fais pousser 50 acres de légumes, mais cette année, je vais diminuer de beaucoup la superficie de ma culture, sinon je vais avoir trop de pertes. Dans le contexte actuel, si je réussis à récolter 75 000 lb d’asperges, ce sera beau », a affirmé à La Terre la semaine dernière celui dont la production annuelle s’élève normalement à 200 000 lb.

Des 23 TET qu’il devait accueillir ce printemps, neuf arriveront possiblement le 14 avril, croit-il, mais rien n’est encore coulé dans le béton. « Je ne suis pas sûr qu’ils viendront et même s’ils viennent, neuf personnes sur 23, ce n’est pas suffisant. Je préfère ne pas prendre de chance et cultiver moins. »

Le président de l’Association des producteurs maraîchers du Québec, Sylvain Terrault, a reconnu le 2 avril que la réduction de production est une « avenue envisagée » par certains. « Mais je pense que la majorité des agriculteurs ont encore le temps de voir ce qu’il adviendra avec les TET et avec la campagne de recrutement de travailleurs locaux avant d’en arriver à diminuer la superficie de culture », a-t-il précisé. « C’est certain que des impacts sont envisageables si on en vient à cultiver moins, notamment sur les prix des fruits et légumes en épicerie, mais on est tellement dans le néant à tous les niveaux en ce moment qu’il est difficile d’établir une tendance et de faire des prédictions ».

Habitués de « se revirer sur un dix cennes »

Les producteurs maraîchers conjuguent avec l’incertitude année après année, étant particulièrement dépendants de la météo. « On est habitués de se revirer sur un dix cennes et à prévoir des plans A, B et C. La différence, cette saison, c’est qu’on doit aller jusqu’aux plans G et H », a lancé Stéphane Roy, producteur d’asperges, de carottes et de courgettes à Saint-Liguori, dans Lanaudière. Parmi toutes les options imaginées, il n’a toutefois pris aucune décision encore. « Pour le recrutement de travailleurs locaux, par exemple, si je tends des perches tout de suite, il y a des chances que les candidats ne soient plus disponibles en mai, alors ça ne me donne rien de commencer des démarches. J’aime mieux attendre et voir ce qui se passera. »

Distanciation sociale difficile à appliquer

Louis-Marie Jutras, producteur maraîcher à Sainte-Brigitte-des-Saults, dans le Centre-du-Québec, craint de ne pas pouvoir assurer une distance de deux mètres entre ses employés à l’étape du triage des asperges qu’il fait faire manuellement. « Si la consigne de distanciation sociale est encore en vigueur en mai, je ne sais pas comment on pourra y arriver avec 15 employés qui travailleront côte à côte dans le même petit espace. On n’aura pas assez de place pour respecter la consigne », exprime-t-il.