Actualités 5 octobre 2016

Déferlement de canneberges sur le Québec

VILLEROY — « La récolte 2016 de canneberges du Québec devrait éclipser tous les records précédents et atteindre de 113 à 118 millions de kilos », révèle d’emblée Simon Bonin, agronome spécialisé en production de canneberges. « Nous savions déjà en août que nous aurions de bons rendements, mais avec le mois de septembre particulièrement chaud que nous avons connu, les fruits se sont développés davantage, avec des poids moyens 15 % plus élevés approchant 1,9 g par canneberge au lieu de 1,6 g », dit-il.

À Saint-Louis-de-Blandford, l’agricultrice Myriam Asselin abonde dans le même sens. « On est très contents. La saison de récolte a débuté avant-hier, mais déjà, on sait que ce sera l’une de nos meilleures années », commente-t-elle. De fait, l’entreprise familiale où elle travaille, la Ferme Les quatre épinettes, fonctionne à plein régime. Les travailleurs étrangers vêtus de bottes-pantalons dirigent les milliers de fruits rouges vers la pompe. Et du haut du convoyeur, Mme Asselin veille à remplir à ras bord les camions qui se succèdent.

Le Québec se démarque

Cette récolte miraculeuse a pris source l’automne dernier, où les conditions météorologiques clémentes ont mis la table pour la floraison abondante de ce printemps. Par la suite, le soleil s’est mis de la partie juste au bon moment, permettant aux pollinisateurs d’effectuer leur travail dans les règles de l’art. « Il faut aussi dire que les producteurs québécois ont fait énormément évoluer leur régie de culture ces dernières années. Ils ont amélioré leurs techniques d’irrigation, de fertilisation, le contrôle des insectes, des maladies fongiques, etc. », indique fièrement M. Bonin.
Cette réussite n’est pas insignifiante. La gigantesque récolte 2016 devrait faire du Québec le deuxième ou troisième producteur mondial de canneberges, prévoit Martin Le Moine, président de Fruit d’Or, un important transformateur de canneberges.

« Le Wisconsin et le Massachusetts sont les deux principaux producteurs mondiaux. Ils produisent habituellement plus que le Québec, mais des températures très sèches avant la récolte diminueront peut-être leurs rendements », mentionne M. Le Moine. C’est du moins ce que souhaitent plusieurs producteurs. En effet, couplée à celle du Québec, une récolte importante des Américains pourrait créer des surplus susceptibles d’entraîner des prix encore plus faibles que ceux qui sévissent présentement, soit d’environ 0,50 $/kg.

La compétition est féroce dans l’industrie de la canneberge, mais M. Le Moine affirme que le Québec restera un joueur majeur. « La canneberge est une production très mécanisée et il y a beaucoup de barrières à l’entrée. Le savoir de même que l’entrepreneuriat qu’on retrouve ici font en sorte que le Québec demeurera dans la canneberge. »

Chose certaine, M. Le Moine croit à la commercialisation de ses petits fruits rouges. Lui-même producteur de canneberges, il a cofondé Fruit d’Or, qui vient d’annoncer un investissement d’environ 8 M$ dans son usine de Plessisville. Cette usine, dont la valeur atteindra ainsi près de 50 M$, produit des canneberges séchées, du jus, de la purée, des nutraceutiques, etc. « On transforme la canneberge en lui donnant de la valeur ajoutée et selon les dernières exigences du marché. On investit pour se mesurer aux meilleurs », conclut celui dont l’entreprise est passée d’un chiffre d’affaires de 200 000 $ au début des années 2000 à 40 M$ l’an dernier…

Plus de détails dans la prochaine édition de La Terre.