Alimentation 17 avril 2026

Une usine de boisson végétale à l’origine de l’épidémie de listériose, selon l’ACIA

Des documents détaillant l’inspection d’une usine de production de boissons, qui serait à l’origine d’une épidémie mortelle de listériose, révèlent que celle-ci a été citée pour plusieurs infractions qui n’avaient pas été rendues publiques auparavant. Certaines d’entre elles laissaient entendre, selon des experts, qu’elle aurait pu créer un « nid à listeria ».

La Presse Canadienne a obtenu, grâce à une demande d’accès à l’information, une copie d’un rapport d’inspection mené par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) dans une usine de Pickering, en Ontario, qui conditionnait plusieurs types de boissons végétales initialement rappelés le 8 juillet 2024 par l’ACIA,  en raison de crainte de contamination par la listeria.

L’Agence de la santé publique du Canada a indiqué que l’épidémie avait entraîné 20 cas de maladie signalés, 15 hospitalisations et 3 décès.

Les problèmes constatés par les inspecteurs entre le 26 juin 2024 et le 22 août 2024 comprennent de la condensation au plafond et de la peinture écaillée au sol dans les zones de pasteurisation de Joriki, l’usine tierce qui conditionnait du lait de soya, d’amande et de coco pour les marques Silk et Great Value. La chaîne de production de Pickering a été immédiatement fermée après le rappel et n’a jamais repris ses activités. 

Bien que certaines parties du document aient été caviardées, des experts en sécurité alimentaire affirment que les détails visibles révèlent des « signaux d’alerte majeurs » dans l’usine qui auraient dû inciter les autorités sanitaires à agir plus tôt. 

« L’ACIA aurait dû inspecter cette usine à une fréquence bien plus élevée », a affirmé Lawrence Goodridge, professeur en sécurité alimentaire à l’Université de Guelph.

« Cela aurait pu être évité. » 

En réponse aux critiques selon lesquelles elle aurait dû détecter ces infractions plus tôt, l’ACIA a déclaré qu’il incombait à l’entreprise de produire des aliments sûrs et que le rôle de l’agence fédérale consistait à mener des inspections et à exercer une surveillance fondée sur les risques.

Joriki n’avait pas été classé comme présentant un risque élevé par l’ACIA en 2021, selon un modèle que l’agence fédérale est depuis en train d’adapter pour tenir compte des préoccupations potentielles en matière de sécurité alimentaire, des plaintes des consommateurs et des tendances historiques. 

« L’épidémie de listériose de 2024 a souligné l’importance d’une surveillance rigoureuse dans les catégories de produits émergentes, comme les boissons à base végétale, et l’ACIA prend des mesures décisives pour moderniser et renforcer ses systèmes », a déclaré l’agence fédérale.  

Danone Canada, qui commercialise les produits Silk, a déclaré ne pas être en mesure de répondre en raison de procédures judiciaires en cours. L’entreprise, Wal-Mart Canada et Intact Assurance ont conclu, en novembre, un règlement à l’amiable de 6,5M $ dans le cadre d’un recours collectif intenté par des Canadiens ayant acheté ou consommé les boissons végétales rappelées.

Joriki a cessé ses activités à la fin de l’année 2024. Son représentant désigné par le tribunal n’a pas répondu aux demandes de commentaires répétées concernant cette inspection, formulées par courriel et par message vocal, pendant plus d’un mois.

La Presse Canadienne tente depuis 2024 d’obtenir des commentaires de Joriki sur la couverture médiatique liée à l’épidémie, mais n’a jamais reçu de réponse. 

Joriki a contesté les allégations de l’ACIA auprès du Globe and Mail, affirmant dans un article de décembre 2024 qu’elle disposait d’un programme de surveillance de la listeria, qui comprenait des prélèvements sur la chaîne de production et des tests sur les produits finis.

L’entreprise a également déclaré que l’ACIA n’avait jamais soulevé de préoccupations concernant son programme avant l’épidémie. 

Signaux d’alerte

La Listeria est omniprésente dans l’environnement et peut se propager facilement dans les usines de transformation alimentaire, ce qui rend indispensable la stérilisation de chaque recoin des installations.

Lori Burrows, microbiologiste à l’université McMaster de Hamilton, a soulevé que la peinture écaillée mentionnée dans le rapport de l’inspecteur constituait donc un problème majeur pour la désinfection.

« C’est comme la différence entre essuyer un plan de travail et essuyer une pelouse », a expliqué Mme Burrows.

Les bactéries se développent également dans les environnements humides, tels que les surfaces présentant de la condensation, ce qui, selon le rapport, a été constaté au plafond dans les zones de dosage et de pasteurisation de l’usine de Joriki. 

Non seulement la condensation constitue un environnement idéal pour la prolifération de la listeria, mais le fait qu’elle se trouvait au plafond signifie qu’elle aurait pu s’égoutter directement sur les produits, a-t-elle ajouté. 

L’inspection fédérale a également révélé que des déchets et des cartons vides s’étaient accumulés dans la zone de chargement, ce qui, selon M. Goodridge, aurait pu attirer des souris et des rats porteurs de maladies.

« Cela me montre des défaillances systémiques dans l’usine en matière de sécurité alimentaire, un manque flagrant de procédures de sécurité alimentaire », a-t-il déclaré. « L’usine où la boisson était fabriquée était peut-être un véritable nid à Listeria. »


Nouvelles de © La Presse Canadienne, 2026. Tous droits réservés. Ce matériel ne peut pas être publié, diffusé, réécrit ou redistribué.