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S'abonner maintenantSpécialisée dans les cultures destinées au marché des biocarburants, Agrisoma Biosciences effectue ses premiers essais agricoles en sol québécois avec trois variétés de semences de Brassica Carinata, une plante oléagineuse non alimentaire.
Les premiers essais de cultures sont réalisés à Varennes, sur la Rive-Sud de Montréal, par un sous-traitant, Recherche New-Marc. Trois variétés sont testées sur une superficie d’un quart d’acre. Le président-directeur général et fondateur de l’entreprise située à Gatineau, Steve Fabijanski, souligne que l’objectif est d’étudier comment trois variétés de semences réagissent sur le sol québécois.
La commercialisation de la première de ces variétés, Brassica carinata AA120, est actuellement autorisée par Agriculture et Agroalimentaire Canada. Quant à la nouvelle variété Brassica carinata “Avenzia”, des essais effectués dans le nord de la Floride et de l’Amérique du Sud ont démontré qu’elle permettait d’extraire le double d’huile pour une quantité de semences égale. La troisième variété, Brassica carinata DH0020-111, a démontré, lors d’essais préliminaires, un bon potentiel de rendement grâce à l’amélioration génétique.
« L’idée est de comparer les trois cultivars, indique Robert Malouin, président de Recherche New-Marc. Nous ne nous basons sur aucune hypothèse. Nous connaissons une saison extrêmement sèche avec une pointe de température très forte en début de saison, ce qui a beaucoup stimulé la plante. Elle fait partie de la famille des crucifères, alors elle monte en graine rapidement. »
Semées le 6 mai, les variétés de Brassica carinata ont connu une floraison deux semaines plus tôt que prévu. « Chaque semaine, on s’assure du maintien de la vigueur des parcelles. Les essais se dérouleront sur trois ans. Normalement, la première année se passe bien. La deuxième année, si ça se reproduit, on se dit qu’on est chanceux, alors ça en prend une troisième pour tirer des conclusions », explique-t-il.
L’entreprise gatinoise propose aux agriculteurs de cultiver ces semences sur leurs jachères et sur des terres peu productives. Elles peuvent contribuer à renouveler les sols et à les protéger de l’érosion. Comme celle d’autres plantes oléagineuses (canola, soja et maïs), la graine de moutarde carinata est broyée pour en extraire l’huile. Celle-ci peut être transformée en biocarburants servant principalement aux compagnies aériennes.
Sa récolte et son traitement sont identiques à ceux d’autres plantes oléagineuses, ce qui permet d’utiliser les installations existantes. En ce sens, M. Fabijanski croit que les exploitants agricoles de l’industrie laitière du Québec s’intéresseront particulièrement à ce projet parce que les résidus de graines constituent une excellente source de protéine alimentaire pour les animaux. « Les semences ne sont pas génétiquement modifiées, précise-t-il. Elles sont certifiées durables par la Table ronde sur les bioproduits durables en vertu de l’Union européenne. C’est une excellente source alimentaire qui peut être produite localement. »
Les essais permettront donc de présenter aux éventuels partenaires et investisseurs les différents cultivars et leurs avantages. Il est possible que des essais plus spécifiques soient mis en branle pour tester la résistance à des maladies, notamment.
Pour la première année d’essais en sol québécois, les investissements nécessaires s’élèvent à environ 50 000 $, précise le 1er vice-président et chef de la direction financière, André Levasseur, mais ils augmenteront considérablement au cours des deux prochaines années. « On veut s’assurer d’adapter la semence à la réalité québécoise pour qu’elle offre un bon rendement », ajoute-t-il.
Actuellement, une centaine d’agriculteurs cultivent certaines de ces semences en Amérique, mais aucun au Québec.
Josianne Haspeck