Actualités 26 juin 2018

Adapter ses cultures aux changements climatiques

C’est connu : la fléole des prés est la graminée la plus cultivée parmi les plantes fourragères au Québec. Pourquoi? Parce qu’elle affectionne un climat frais et humide comme le nôtre. Or, dans un contexte de réchauffement planétaire, la culture de la fléole des prés pourrait être affectée. Une étude fait la lumière sur la question et propose des solutions.

La fléole des prés est la graminée la plus cultivée parmi les plantes fourragères au Québec, parce qu’elle ­affectionne un climat frais et humide comme le nôtre.
La fléole des prés est la graminée la plus cultivée parmi les plantes fourragères au Québec, parce qu’elle ­affectionne un climat frais et humide comme le nôtre.

Gaëtan Tremblay, chercheur en valeur nutritive des aliments pour ruminants à Agriculture et Agroalimentaire Canada, a participé à cette étude intitulée Amélioration des graminées fourragères dans un contexte de changements climatiques.

Selon M. Tremblay, la fléole des prés continue et continuera vraisemblablement à offrir de très bons rendements sous nos latitudes nordiques. « Mais s’il y a une augmentation des températures et un changement dans la répartition des précipitations, le rendement de la fléole va certainement diminuer », dit-il.

L’étude de quatre ans, sous la direction d’Édith Charbonneau, de l’Université Laval, et à laquelle ont participé six autres chercheurs, a permis d’explorer trois phases : végétale, animale et économique.

Dans la phase végétale, trois graminées, soit la fétuque élevée, la fétuque des prés et le brome des prés, en mélange avec de la luzerne, ont été ciblées comme solutions de remplacement à la fléole des prés. Même si la fétuque élevée est moins sapide – en l’occurrence moins sucrée – que la fléole des prés, les résultats ont été concluants, précise M. Tremblay.

« Dans le cadre de la phase animale, mentionne-t-il, nous avons nourri des vaches laitières avec de la fléole et de la fétuque élevée, pour finalement conclure que l’on peut remplacer la fléole par de la fétuque dans les rations de ces bêtes sans affecter la production laitière. »

Dans sa phase économique, l’étude comportait une modélisation où ont été étudiés les effets des changements de cultures sur le bénéfice net d’une ferme. « Encore là, on a montré que, pour l’entreprise, ça peut être payant de remplacer la fléole par la fétuque élevée », explique le ­chercheur.

Dans la partie la plus méridionale du Québec, les producteurs procèdent désormais à quatre ou cinq récoltes de foin au lieu de trois ou quatre, comme c’était le cas jusqu’à tout récemment. « On ajoute des récoltes supplémentaires. Par contre, la coupe en été aura un rendement ­beaucoup plus faible », dit M. Tremblay.

« Notre hypothèse, poursuit-il, est que ce ne sera pas catastrophique. Mais il va falloir que les agriculteurs se préparent et adoptent des solutions de rechange pour s’adapter aux changements climatiques. S’il y a des méthodes d’adaptation, les producteurs vont s’en tirer sans problème. »

L’étude Amélioration des graminées fourragères dans un contexte de changements climatiques a été réalisée sur trois sites : à Normandin, au Lac-Saint-Jean, à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, et à Sainte-Anne-de-Bellevue, près de Montréal.

Le projet a été financé conjointement par le Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies, l’organisme de recherche Novalait de même que par le ministère québécois de l’Agriculture. 

Stéphane Champagne, Collaboration spéciale