Actualités 20 mai 2017

À l’abri du froid dans une bande riveraine

De plus en plus de producteurs aménagent des bandes riveraines pour qu’elles deviennent des sites d’hibernation d’ennemis naturels.

Cette technique, utilisée en régie biologique, fonctionne « très bien » en agriculture conventionnelle, indique Geneviève Labrie, chercheuse et entomologiste au Centre de recherche sur les grains CÉROM.

Fleurs, arbres, arbustes, graminées… Pour Mme Labrie, le mot clé pour aménager une bande riveraine est « diversité ».

Selon une étude réalisée au bord du ruisseau Brandy à Granby, il y aurait d’ailleurs cinq fois plus de prédateurs d’ennemis des cultures dans une bande riveraine diversifiée que dans une bande strictement herbacée.

Des exemples concrets

Les coccinelles sont d’excellentes prédatrices du puceron du soya. À l’hiver, ces petits coléoptères ont besoin d’arbres ou d’arbustes pour se protéger du froid. « À la sortie de l’autoroute 20 à La Présentation, il y avait de gros saules. Pendant mes études, j’ai remarqué qu’il y avait des millions de coccinelles qui hibernaient là chaque hiver. Ça grouillait au sol. L’été, elles migraient vers les champs adjacents », raconte Mme Labrie.

Contrairement aux coccinelles, peu d’insectes passent l’hiver sous forme adulte. Les stades d’œuf, de larve ou de nymphe sont plus propices à leur survie.

C’est le cas par exemple des guêpes parasitoïdes, qui sont un atout précieux pour les producteurs. Ces guêpes pondent leurs œufs à l’intérieur des chenilles et autres insectes ravageurs. « C’est le même principe que dans le film Alien », rigole la chercheuse.

L’été, ces guêpes se nourrissent de nectar. « Ça prend donc des fleurs dans la bande riveraine », explique Geneviève Labrie. Pendant la saison froide, ce sont plutôt les arbres et arbustes en bordure des champs qui sont importants pour l’hibernation de ces ennemis naturels.

Les carabes, ces insectes à la forme allongée qui marchent au sol, sont quant à eux d’excellents prédateurs de limaces. Selon l’entomologiste, ils préfèrent les graminées, parce que le couvert végétal leur offre un refuge tant à l’été qu’à l’hiver.

Les bandes riveraines deviennent également un site d’hibernation de prédilection pour certains amphibiens. « On sait que les grenouilles, en été, sont d’excellents mangeurs d’insectes », rappelle le directeur des initiatives fauniques à la Fondation de la faune du Québec, Claude Grondin.

Certaines couleuvres, qui se nourrissent de petits mammifères, hibernent elles aussi dans les zones herbacées le long des cours d’eau.

Si les bandes riveraines peuvent servir de sites d’hibernation pour toutes sortes d’ennemis naturels, elles sont avant tout des corridors « très importants » pour la faune, mentionne Geneviève Labrie. « Ces zones tampons entre le champ et le cours d’eau favorisent la biodiversité, et c’est positif pour les producteurs », conclut-elle.

Choisir les bonnes plantes

Lorsqu’un producteur aménage une bande riveraine, il doit choisir les plantes avec précaution, prévient Geneviève Labrie : « Il faut faire très attention aux espèces exotiques envahissantes. »

Isabelle Martineau, agronome au club-conseil Gestrie-Sol et spécialiste des bandes riveraines, abonde dans le même sens. « Le nerprun bourdaine, par exemple, est un site d’hibernation pour le puceron du soya. On ne veut pas de cette espèce exotique envahissante dans une bande riveraine! » avertit-elle.