Actualités 17 juin 2018

La Ferme Bayonne : une histoire d’amour avec la terre familiale

SAINTE-GENEVIÈVE-DE-BERTHIER — L’histoire de la Ferme Bayonne, de Sainte-Geneviève-de-Berthier dans la région de Lanaudière, s’étend désormais sur quatre générations depuis que Mathieu Forget est devenu copropriétaire il y a presque 10 ans de l’entreprise spécialisée dans les grandes cultures doublée d’une petite exploitation laitière.

Ça ne signifie toutefois pas que la génération précédente ait passé la main, bien au contraire. Les parents de Mathieu, Carole Dumontier et Michel Forget, ainsi que son oncle Roger Dumontier sont plus actifs que jamais dans l’entreprise. La culture de cette terre de la région de Lanaudière, c’est d’abord l’affaire des Dumontier.

« Ma famille était avant-gardiste, se souvient Carole Dumontier. Mon grand-père a été le premier à avoir une batteuse automotrice. Et il battait toutes sortes de cultures! » Elle est bien loin, cette époque où les producteurs utilisaient le bac pour aller cultiver sur l’île de Grâce dans le fleuve, au large de Berthier, un secteur qui a été abandonné depuis.

Plutôt que d’ajouter de nouveaux silos, en 2000, les propriétaires de la Ferme Bayonne ont préféré construire un entrepôt d’une capacité de 4 000 tonnes métriques, qui facilite notamment les travaux de manutention.
Plutôt que d’ajouter de nouveaux silos, en 2000, les propriétaires de la Ferme Bayonne ont préféré construire un entrepôt d’une capacité de 4 000 tonnes métriques, qui facilite notamment les travaux de manutention.

Puis, Michel Forget, originaire de la petite municipalité de Les Hauteurs au sud de Rimouski, s’est joint à la famille, unissant sa destinée à celle de Carole Dumontier. Au fil du temps, la famille Dumontier-Forget s’est employée à « apprivoiser » la terre pour en tirer le meilleur parti. Et apprendre à bien la connaître. « On a plusieurs types de sols : des terres argileuses, des terres limoneuses au sud [de l’autoroute 40] qui se compactent plus facilement, explique Carole Dumontier. On a donc adapté notre façon de travail en fonction de chaque type. »

Les Dumontier-Forget exploitent 800 hectares autour de l’agglomération de Berthierville, aux limites des régions de Lanaudière et de la Mauricie. Plus de 300 hectares sont consacrés au maïs, 250 au soya, 60 aux haricots secs, autant aux haricots verts et près de 40 aux brocolis. Cette dernière production est exploitée depuis deux ans par Les Productions maraîchères Mailhot, de Saint-Alexis-de-Montcalm dans Lanaudière.

La Ferme Bayonne, c’est aussi une exploitation laitière d’une quarantaine de bêtes dont les opérations sont principalement la responsabilité de Roger Dumontier. « On a conservé la production laitière parce que c’est celle qu’on a achetée de mon beau-père en 1993, raconte Michel Forget. C’est certain que ça ajoute du travail, mais elle est bien intégrée dans nos opérations. »

Michel Forget pose devant la machine qui a été modifiée pour faciliter le travail du sol en bande et appliquer l’engrais.
Michel Forget pose devant la machine qui a été modifiée pour faciliter le travail du sol en bande et appliquer l’engrais.

Haricots… et créativité

La famille s’est lancée dans la production de haricots il y a exactement 20 ans, en 1999. Maintenant, haricots secs et haricots verts sont écoulés respectivement chez Haribec et Bonduelle. « On se cherchait une culture de rotation, se souvient Michel Forget. On avait déjà les équipements, donc peu ou pas d’investissement à faire. »

Cette orientation a permis aux producteurs de mettre à profit leur savoir-faire et leur ingéniosité, voire leur créativité. « Il faut s’adapter, explique le producteur. Le haricot n’est pas compétitif et ne résiste pas aux coups d’eau. Il faut donc une terre bien drainée et surtout éviter la compaction du sol pour favoriser la croissance racinaire. »

Pour améliorer leurs rendements, les propriétaires n’ont fait ni une ni deux; ils se sont lancés dès 2005 dans d’audacieux travaux de nivellement et de drainage souterrain qui sont complétés sur la moitié des terres environ. « On travaille le sol au printemps avec une déchaumeuse, on fait les semences en semis direct sans labourer, ce qui permet de réduire la compaction », explique Michel Forget. La récolte annuelle de haricots secs peut atteindre jusqu’à 200 tonnes métriques et celle des haricots verts, 600 tonnes courtes.

Pour le maïs, les producteurs ont opté pour la culture en bande. « On a modifié notre machine pour travailler le sol et appliquer l’engrais de façon très localisée, ce qui nous permet de réduire les passages et de préserver le sol », indique Mathieu. Un semoir de 8 rangs a même subi quelques modifications pour travailler sur 16 rangs.

« Évidemment, tout le travail se fait avec le GPS pour être précis, ajoute Mathieu. On peut dire qu’on maîtrise vraiment notre technique. »

Question précision, Mathieu s’y connaît. Si bien qu’il partage même son savoir-faire et ses expériences, comme il l’a fait récemment lors d’une conférence sur les outils de l’agriculture de précision.

À l’approche d’une nouvelle saison, Mathieu Forget passe en revue le parc de machinerie. Sur la photo, la table pour la récolte de haricots secs et de soya.
À l’approche d’une nouvelle saison, Mathieu Forget passe en revue le parc de machinerie. Sur la photo, la table pour la récolte de haricots secs et de soya.

25 ans d’implication

Mais nos producteurs ne se reposent pas sur leurs lauriers, loin de là. La diversité des types de sols en culture les amène à développer, à raffiner leurs méthodes et leurs techniques. « On veut introduire plus largement les intercalaires et les cultures de couverture », explique Michel Forget.

Il porte également une attention particulière aux terres limoneuses de la plaine inondable du lac Saint-Pierre, sur lesquelles les producteurs doivent aussi composer avec les habitats fauniques. La famille cultive environ 216 hectares dans les îles de Berthier, dont 76 sont louées de la Commune de Berthier.

D’ailleurs, la question de la cohabitation entre l’agriculture et les habitats fauniques intéresse particulièrement Michel Forget, qui siège au pôle d’expertise sur le lac Saint-Pierre afin d’y présenter le point de vue des agriculteurs. Récemment, il a fait une présentation des pratiques agricoles dans la plaine inondable aux experts qui composent le groupe d’étude mis en place pour améliorer la cohabitation faune-agriculture autour du lac Saint-Pierre.

Et ce n’est pas sa seule implication. Lors du dernier congrès de l’Union des producteurs agricoles, il a obtenu une distinction pour ses 25 années d’engagement dans l’organisation, tant comme vice-président des Producteurs de grains de Lanaudière que comme vice-président de la Fédération de l’UPA de Lanaudière ou comme administrateur du syndicat local.

« Les agriculteurs ont intérêt à s’impliquer, à être partout, dit-il. Si ça ne nous [donne] pas nécessairement quelque chose, ça peut nous permettre de ne pas en perdre. »

Il prêche donc par l’exemple et son fils paraît déterminé à faire de même.

Plus de 300 hectares sont consacrés au maïs, 250 au soya, 60 aux haricots secs, autant aux haricots verts et près de 40 aux brocolis.
Plus de 300 hectares sont consacrés au maïs, 250 au soya, 60 aux haricots secs, autant aux haricots verts et près de 40 aux brocolis.

L’expérience du bio

Cette année, les Dumontier-Forget souligneront une première : leur accréditation officielle en production biologique avec leur première récolte de haricots. Il s’agit de l’aboutissement de trois années de travail pour obtenir la certification avec la division Agro Bayonne enr.

Les 40 hectares de haricots secs sont situés tout près de la ferme. Pour préparer la terre, on a semé du blé d’automne les deux premières années, suivi de haricots secs avec du trèfle comme engrais vert.

« On a voulu commencer avec une petite superficie, explique Mathieu Forget. Ça nous sert en quelque sorte de laboratoire pour adapter nos pratiques à la culture bio et voir si les équipements qu’on a vont suffire. »

Une conversion totale n’est pas encore au programme, puisque les producteurs veulent prendre le temps de bien analyser leurs résultats avant de poursuivre l’aventure. 

Cet article a été publié dans l’édition de mai 2019 du magazine GRAINS.