Actualités 6 juin 2018

La saison 2018 est amorcée

La saison 2018 a débuté avec les intentions d’ensemencements aux États-Unis, qui ont créé toute une surprise. Le marché s’attendait à une baisse des superficies de maïs, compensée par une hausse de celles du soya. Or, les deux superficies baissent pour s’établir à 88 millions d’acres (Mac) de maïs (-2,2 Mac vs 2017) et 89 Mac de soya (-1,1 Mac). Certes, la superficie du blé gagne 1,3 Mac, mais le total pour les trois sortes de grains baisse de 2 Mac par rapport à 2017, ce qui n’était pas du tout anticipé.

Statistique Canada a aussi surpris le marché avec les intentions d’ensemencements canadiennes. Contrairement aux attentes, il y a une baisse nationale pour le canola (8 653 000 ha; -653 000 ha) et le soya (2 611 000 ha; -336 000 ha), tandis que le blé augmente fortement (10 276 000 ha; +1 150 000 ha). Au Québec, la superficie du maïs rebondit à 411 000 ha (+31 000 ha), le soya chute de 49 000 ha pour s’établir à 349 000 ha, et l’avoine augmente de 6 000 ha seulement pour atteindre 66 000 ha, un niveau historiquement bas.

En Amérique du Sud, la situation est mixte. La sécheresse a causé d’importants dommages aux cultures de soya et de maïs en Argentine. Dans le rapport d’avril, le département américain de l’Agriculture (USDA) a de nouveau fortement abaissé les estimations des productions argentines, à 40 millions de tonnes (Mt) de soya vs 58 Mt en 2017 et 33 Mt de maïs vs 41 Mt en 2017. Les estimations de l’industrie sont inférieures à ces niveaux. Au Brésil, par contre, l’USDA a de nouveau augmenté son estimation de la récolte de soya de 2 Mt pour la porter à un niveau record de 115 Mt. Étant donné que le battage est complété et que plusieurs analystes brésiliens utilisent des estimations plus élevées, la production de fèves pourrait finalement atteindre de 117 à 118 Mt. Quant à la deuxième récolte de maïs brésilien (safrinha), qui est destinée à l’exportation, celle-ci a finalement été semée sans trop de retard. Dans le rapport mensuel d’avril, l’estimation de la production totale de maïs a été abaissée de 2,5 Mt pour s’établir à 92 Mt, comparativement au niveau record de 98,5 Mt en 2017.

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a ébranlé le marché mondial du soya. L’annonce par la Chine d’un tarif douanier de 25 % sur le soya américain, en réplique aux tarifs américains sur les importations chinoises, a créé de l’incertitude et de l’inquiétude. Même si tous ces tarifs ne sont pas actuellement en vigueur, qu’il n’y a pas de date annoncée pour leur prise d’effet et que les négociations se poursuivent entre les deux pays, le risque est bel et bien réel, ce qui a commencé à chambarder le négoce mondial des grains. Les importateurs chinois annulent des achats de soya américain et se rabattent sur la fève brésilienne, ce qui entraîne une hausse brutale du prix du soya brésilien, qui est maintenant plus élevé que celui de la fève américaine. Par conséquent, les importateurs d’autres pays (ceux d’Europe, notamment) annulent des achats de fèves brésiliennes pour leur substituer
du soya américain. La logistique a du mal à suivre tout ce branle-bas de combat puisqu’on parle de centaines de navires qui doivent changer de parcours à travers le monde. Bref, toutes sortes de distorsions affectent le marché mondial du soya. Les Argentins ont effectué plusieurs achats de soya américain. Celui-ci sera trituré pour être ensuite exporté sous forme de tourteau et d’huile.

Au Québec, le marché semble être en mode attente. Les bases du maïs sont demeurées relativement stables au cours de dernières semaines, aussi bien dans le marché libre (moyennes de 1,33 $ CA/bu et 0,21 $ US/bu FAB ferme) que pour la livraison à la récolte (1,06 $ CA/bu et -0,07 $ US/bu). Le même constat peut être fait pour les bases du soya pour la livraison à la récolte (2,60 $ CA/bu et -0,22 $ US/bu).

Ramzy Yelda, analyste principal des marchés, Producteurs de grains du Québec

Cet article est paru dans la revue Grains de mai 2018.