Actualités 27 mars 2018

La guerre commerciale États-Unis–Chine affecterait le Canada

La décision du président Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers supplémentaires à 60 G$ US de produits de la Chine aurait un impact indirect important sur l’ensemble du marché du soya, du porc et d’autres produits agricoles. Ces tarifs ne sont pas encore en vigueur, mais le marché est déjà nerveux.

La Chine a en effet annoncé son intention de répliquer aux sanctions des États-Unis en ciblant 128 produits pour une valeur d’importations de 3 G$ US. Le porc, les fruits, le vin et l’acier américain sont déjà dans la mire de Pékin. Le soya pourrait s’ajouter à la liste, selon diverses sources. Or, la Chine a importé près de 12 G$ US de soya américain en 2017. D’après le département américain de l’Agriculture (USDA), les importations totales de soya de la Chine pourraient atteindre le record de 100 millions de tonnes en 2018-2019, soit une hausse de 3 millions de tonnes sur l’année en cours.

Soya

« Pour le soya, je ne pense pas que ça va arriver [un tarif de la Chine sur le soya américain]. La Chine est trop dépendante des États-Unis », a mentionné Étienne Lafrance, agent d’information sur les marchés des Producteurs de grains du Québec (PGQ). Ce dernier fait valoir que le Brésil exporte environ 70 millions de tonnes de soya au total et ne pourrait donc pas remplacer tout le soya américain sur le marché chinois. Étienne Lafrance n’exclut toutefois pas que les contrats de soya à la Bourse de Chicago soient affectés à la baisse par l’incertitude actuelle.

D’un autre côté, les acheteurs du pays le plus peuplé au monde tentent déjà de se positionner pour des solutions de remplacement au soya américain comme le tourteau de soya, le tourteau de canola, la drêche d’éthanol ou encore le soya brésilien, indique le journal canadien Western Producer, d’après diverses sources chinoises. Si cela se concrétise, il pourrait y avoir un surplus de soya sur le marché américain, ce qui affecterait le prix mondial.

Les agriculteurs des États-Unis ont commencé leurs semis et pourraient néanmoins diminuer les ensemencements de soya par précaution. L’impact précis dépendra donc de nombreuses variables, y compris l’ampleur du tarif que la Chine appliquerait sur le soya américain.

Porc

Dans le porc, l’impact est également incertain, mais pourrait toucher davantage les éleveurs que les transformateurs. Une éventuelle baisse des exportations américaines ferait chuter le prix du porc vivant à Chicago, fait valoir Gary Stordy, directeur des affaires corporatives au Conseil canadien du porc. Or, le prix fixé au Canada est basé sur celui des États-Unis.

« On [le Canada] pourrait exporter plus de porc en Chine, mais il faudrait en expédier moins ailleurs », a par ailleurs mentionné Gary Stordy. Ce dernier indique que le porc canadien est déjà plus présent en Chine depuis 2017. Il n’est pas clair encore si l’éventuel tarif chinois de 25 % supplémentaire ferait remonter le prix sur ce marché qui est pour le moment en baisse depuis plusieurs mois. « La viande va s’exporter quelque part, peu importe les tarifs. C’est plus inquiétant pour le prix aux producteurs », dit-il.