Actualités 14 décembre 2017

400 ans de résilience et de passion

Résumer l’histoire de l’agriculture québécoise en quelques lignes n’est pas facile. D’abord, l’agriculture est l’une des plus importantes inventions humaines. La maîtrise de la culture des plantes et de l’élevage est à la base de l’évolution des sociétés telles qu’on les connaît aujourd’hui.

L’agriculture pour l’espèce humaine, c’est l’ancrage sur le territoire, la construction de villages permanents et la sécurité alimentaire sans les déplacements à la poursuite des troupeaux. C’est aussi se nourrir et se vêtir avec moins d’efforts et à moindre risque. Le taux de survie et la longévité augmentent. Les populations se développent, les sociétés s’organisent.

L’évolution de notre agriculture a d’abord reposé sur les ressources naturelles disponibles en Nouvelle-France. Ici, les ressources étaient immenses. La forêt était luxuriante, le sol était riche et il y avait de l’eau partout. Les seuls obstacles étaient le froid et les hivers interminables.

Louis Hébert est reconnu comme étant le premier agriculteur français à s’être établi en terre d’Amérique, celui par qui cette aventure a commencé. Pour espérer construire la colonie et installer des familles, il fallait assurer leur sécurité alimentaire en adaptant les connaissances agronomiques de la France aux conditions de l’Amérique du Nord. J’imagine qu’il y a eu une multitude d’essais-erreurs avant de trouver les bons cultivars, ceux qui résistaient à nos hivers. En 400 ans d’histoire, les habitants se sont établis partout au Québec en développant et en adaptant chaque fois leur modèle agricole en fonction des contraintes et des avantages naturels qu’ils rencontraient.

Le Québec était un vaste territoire forestier et les terres les plus fertiles se situaient aux abords du fleuve. À l’époque, le transport se faisait par les voies navigables. Les populations s’installaient donc à proximité du fleuve et de ses affluents. C’est en suivant le cours de ses eaux que le Québec s’est développé.

À ce moment-là, notre principale richesse naturelle était la forêt. L’Europe avait besoin de notre bois pour construire ses bateaux. En exploitant cette forêt, nous avons par la même occasion défriché nos terres et ouvert le territoire à l’agriculture. Une agriculture de survivance, au début, pour les communautés qui prenaient racine. On mangeait des produits locaux à l’époque.

Les villages du Québec se sont développés. Les producteurs à proximité ont augmenté leur production pour approvisionner ce marché. L’agriculture s’est diversifiée. L’industrialisation au 20e siècle a été une autre révolution. Les moyens de production ont accru la productivité et les connaissances scientifiques sont venues appuyer ce nouvel essor. Les superficies cultivées se sont agrandies. Nous sommes même devenus des fournisseurs importants de denrées pour l’Europe en guerre.

C’est à cette époque que les grands mouvements syndicaux et coopératifs agricoles ont vu le jour. Il fallait se regrouper pour s’organiser. La crise des années 1930 a été difficile. Il fallait trouver du travail aux milliers de chômeurs. 

Une autre vague de colonisation comme outil d’occupation du territoire a été lancée. Lors de cette période, nous avons ouvert l’Abitibi et nos territoires nordiques. Cela a profondément influencé l’agriculture québécoise, tout comme l’attachement de certaines élites politiques et religieuses aux vertus du mode de vie rural. « Il n’est pas de peuple qui peut vivre avec une réelle sécurité si son économie n’est pas d’abord basée sur l’agriculture », affirmait le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, en 1959.

Suivre le parcours des producteurs et des productrices du Québec des 400 dernières années, c’est étudier l’histoire de la province. Au terme de cet exercice, il y a lieu de reconnaître la résilience et la force des gens qui ont construit nos sociétés. Résister à un climat aussi rude avec si peu de moyens était un exploit que des hommes et des femmes déterminés ont réalisé. 

Marcel Groleau ~ Président de l’Union des producteurs agricoles (UPA)