La principale espèce retrouvée au Québec est le taupin trapu ou ver fil-de-fer (VFF), une petite espèce endémique à la province, qui cause des dommages mineurs au maïs (trous dans les grains, plants plus petits). Le seuil d’intervention économique pour cette espèce a été établi à 3 VFF/piège-appât.
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S'abonner maintenantLa nouvelle loi sur les pesticides au Québec viendra encadrer l’utilisation de différents pesticides, dont les néonicotinoïdes, employés à large échelle en traitement de semences contre différents ravageurs des semis dans les grandes cultures au Québec.
Les dépistages effectués de 2011 à 2016 sur 778 sites du Québec démontrent que les principaux ravageurs dans le maïs sont les taupins trapus ou vers fil-de-fer (VFF), qui étaient présents à un seuil économique d’intervention sur moins de 4 % des sites dépistés. Dans la Belle Province, on a relevé très peu de dommages causés par les autres insectes ravageurs des semis, tels que la mouche des semis ou les vers blancs. Ils représentaient 0,1 % des dommages observés sur 29 000 plantules en 2016 dans 132 sites.
Le dépistage des insectes demande du temps et il n’est pas possible d’analyser tous les champs d’une ferme chaque année. Il fallait donc développer un outil d’aide à la décision afin de cibler les champs les plus à risque d’abriter des populations importantes de VFF et de permettre ainsi aux producteurs et aux intervenants de choisir la méthode de lutte appropriée si nécessaire.
Les données utilisées pour bâtir cet outil comprenaient les dépistages par le Réseau d’avertissements phytosanitaires grandes cultures de 2011 à 2015, les dépistages financés par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de 2013 à 2015, et les données recueillies sur trois projets de recherche du CÉROM financés par le MAPAQ de 2012 à 2015, pour un total de 778 sites dépistés dans 13 régions administratives (photo 2). Tous les insectes récoltés étaient identifiés par le Laboratoire de diagnostic en phytoprotection du MAPAQ.
Analyses et constats
Les données de piégeage de VFF ont été mises en commun et vérifiées une à une. Un maximum d’information a été recueilli pour chacun des champs afin de déterminer les facteurs qui expliquent le plus la présence et l’abondance des VFF dans certains d’entre eux. Ces données ont été analysées à l’aide d’un modèle de prédiction déjà utilisé dans de nombreux domaines, par exemple dans le milieu de la santé pour prédire les effets secondaires potentiels des médicaments, et qui permet de déterminer à l’avance à près de 95 % l’abondance des VFF dans nos champs.
Parmi toutes les variables testées, celles qui expliquent le mieux la présence et l’abondance des VFF sont la région, la texture du sol, le pourcentage de matière organique, la culture de l’année et des trois années précédentes, l’élévation au-dessus du niveau de la mer, le travail de sol et l’historique de piégeage. Chacun des critères ne peut être considéré séparément, puisque la prédiction se fait en tenant compte de toutes les variables additionnées. Par contre, pour certains facteurs, des constats ressortent. Certaines régions présentent une plus grande abondance de VFF, telles que la Chaudière-Appalaches ou le Centre-du-Québec (5 à 6 % des sites dépistés), tandis qu’aucun des 169 sites dépistés en Montérégie-Est ne dépassait le seuil économique. Le sol organique abrite en général une plus grande quantité de ces insectes, puisque ceux-ci peuvent se nourrir uniquement de matières en décomposition. C’est pourquoi on en retrouve également sur des sites présentant plus de 10 % de matière organique. La culture de soya dans la rotation diminue toutefois systématiquement l’abondance de ces ravageurs, puisque ceux-ci préfèrent les graminées ou d’autres cultures comme la pomme de terre. L’historique de piégeage est aussi un bon indicateur du risque de trouver ces insectes dans un champ année après année. Si vous aviez plus de 3 VFF/piège l’an dernier dans un champ, les analyses effectuées sur les données de 2015 et 2016 démontrent que vous devriez retrouver sensiblement la même chose ce printemps.
Un outil performant
VFF QC, qui a été développé avec le soutien de Géomont, a été ajouté comme fonctionnalité à l’outil Info-Sols. De nombreuses informations nécessaires à la prédiction du risque de VFF sont déjà intégrées sur cette plateforme. Ainsi, lorsque vous cliquerez sur un champ de votre ferme, la région, la texture de sol et les précédents culturaux apparaîtront d’eux-mêmes. Il ne vous restera qu’à ajouter la culture de l’année, le pourcentage de matière organique, le travail de sol et l’historique de piégeage afin de voir apparaître le niveau de risque d’observer des VFF dans ce champ. Il sera possible de corriger certains renseignements et de sauvegarder les informations pour l’ensemble d’une ferme. L’outil VFF QC permettra ainsi de générer une prédiction du risque d’observer des VFF pour chaque champ, ce qui donnera aux producteurs la possibilité de choisir de façon éclairée le type de semence et les moyens de lutte à privilégier pour l’ensemble des entreprises agricoles en grandes cultures au Québec.
Cet outil sera mis en ligne sur le site du CÉROM au cours du printemps 2017 au www.vffqc.cerom.qc.ca. Un guide d’identification des principales espèces de VFF du Québec sera aussi disponible durant l’été 2017 sur ce même site, ainsi que des informations sur les autres ravageurs des semis ciblés par les traitements de semences.
Ce projet a bénéficié de l’appui du MAPAQ dans la cadre du programme Prime-Vert, volet 3.2.
Geneviève Labrie, biologiste-entomologiste, Ph. D., CÉROM