Les plants sont placés en tunnel pour une première année végétative. Crédit photos : Ferme Onésime Pouliot
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S'abonner maintenantVous souhaitez produire 22 000 kg de framboises rouge vif à l’hectare, qui se conservent mieux que celles qui sont au champ? Il existe une façon d’y arriver, mais les investissements sont importants.
La technique n’est pas nouvelle en Europe, mais elle prend racine au Québec où près d’une dizaine de producteurs l’ont adoptée ou sont sur le point de le faire. Les Productions horticoles Demers, de Saint-Nicolas, l’utilisent depuis 2006 et sont probablement les pionnières de cette pratique dans la province. « La culture hors sol est en effervescence en Europe », affirme Réjean Demers, copropriétaire de l’entreprise, qui a entendu parler de cette technique pour la première fois lors d’un voyage en Écosse. Quant à la Ferme Onésime Pouliot, de Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans, elle vient de se lancer dans la production de plants spécialement adaptés à cette technique. Elle compte déjà sept clients pour l’année prochaine.

Culture hors sol 101
La culture hors sol consiste à produire des variétés non rustiques de framboises dans un substrat de fibre de noix de coco en utilisant de grands tunnels trois saisons. Une sélection des meilleures tiges est d’abord effectuée. Celles-ci sont ensuite plantées dans un pot qui contient le substrat de coco. Puis, une année végétative se fait en tunnel. À la fin de cette première année, les plants sont déménagés en entrepôt ou laissés au champ sous des bâches. Les tiges se trouvent alors à l’abri du froid grâce aux toiles et à la neige qui s’accumule par-dessus. La deuxième année est celle où la production se fait.
La fertilisation est assurée par l’irrigation qui se réalise de 10 à 25 fois par jour par petites périodes de 5 à 10 minutes. « Les coquilles de noix de coco, ça draine super bien et ça permet d’éviter les maladies », affirme Guy Pouliot, de la Ferme Onésime Pouliot. Des essais ont été menés avec différentes écorces, mais pour le moment, la fibre de coco est relativement abordable et disponible.
L’entreposage des plants en pépinière après la première année est plus complexe que de les protéger au champ, mais permet de mieux étaler la saison de production. On peut en effet sortir les plants progressivement au printemps et décaler le moment où les fruits seront prêts à être récoltés. « En 2016, on a produit des framboises jusqu’au 10 septembre, mais on vise plus loin », explique Guy Pouliot. Pour ne pas prendre trop de place, il faut cependant que les plants soient entreposés dans des pots de 1,8 L et transplantés de nouveau dans des contenants de 7 L pour la production de la deuxième année. Il y a deux tiges par pot et donc 11 000 pots/ha.
Guy Pouliot préconise l’utilisation des plants durant une année de production seulement. Quant à Réjean Demers, il conserve ceux-ci pour un deuxième cycle de production. Selon lui, les plants peuvent durer quatre ans maximum. « Ça requiert beaucoup de main-d’œuvre », admet Réjean Demers, en raison du nombre d’étapes requises.

22 000 kg à l’hectare
Selon Guy Pouliot, grâce à ce système, on peut mettre 22 000 plants à l’hectare en production. Chacun d’eux produit environ 1 kg de fruits. « C’est une pratique qui permet d’être plus compétitif par rapport à la Californie et au Mexique », soutient Réjean Demers. Celui-ci fait valoir que les rendements deviennent alors à peu près égaux à ceux de ses concurrents qui utilisent la technique de production en tunnel dans le sol. « On est encore loin de leurs rendements en fraises », ajoute le producteur de Saint-Nicolas, qui estime que la Californie peut produire de trois à quatre fois plus de fraises à l’hectare.
Réjean Demers mentionne que le rendement des framboisiers conventionnels plantés dans le sol oscille de 3 à 6 t/ha. Or, le système hors sol permet selon lui d’aller chercher de 20 000 à 30 000 kg/ha. C’est donc de 3 à 10 fois plus. Les Productions horticoles Demers agrandissent d’ailleurs cette année leur superficie pour accroître ce type de production de framboises, qui passera de 2,75 à 3,25 ha.
Le coût de production est cependant élevé. Guy Pouliot estime que l’ensemble des opérations revient à 100 000 $ l’acre ou 245 000 $ l’hectare en amortissant les tunnels sur 20 ans et en tenant compte de toutes les étapes. Il vend ses plants 3,50 $ la canne (tige) pour le moment, ce qui revient à 77 000 $/ha. Il espère cependant être en mesure de baisser son prix à 3 $ en produisant un volume plus grand et en acquérant de l’expérience.
En atteignant un prix moyen de 11,90 $/kg pour une production de 22 000 kg/ha, on arrive donc à une marge de 16 800 $/ha ou à environ 6 % de bénéfices. Guy Pouliot et Réjean Demers pensent que la culture hors sol de framboises devrait augmenter au Québec dans les prochaines années en raison de la productivité et des avantages commerciaux liés aux variétés que cette méthode permet d’employer.

Des variétés de l’Ouest
« On choisit des cultivars d’été couleur rouge clair », précise Guy Pouliot, qui privilégie la variété Tulameen provenant des essais d’Agriculture et Agroalimentaire Canada en Colombie-Britannique. Réjean Demers utilise aussi cette variété, mais mise également sur des cultivars originaires d’Oregon et de l’État de Washington. Les Productions horticoles Demers ont testé plus de 85 variétés jusqu’à maintenant.
L’avantage de ces variétés d’été, c’est qu’elles sont moins foncées que celles d’automne utilisées régulièrement au Québec. Or, plusieurs clients boudent les fruits trop foncés en pensant qu’ils sont trop mûrs et qu’ils ne se conserveront pas bien. La couleur rouge clair des variétés d’été est plus en demande. La Tulameen est jugée « très bonne » au goût et a une bonne durée de conservation.
« C’est un peu le même chemin qu’on a fait avec la Seascape », estime Guy Pouliot. La Seascape est une variété de fraises fermes et rouge vif, très productive. Il s’agit de la variété à production continue la plus populaire au Québec.