Julien Tanguay, 25 ans, a lancé sa propre entreprise de grandes cultures. « Ma conseillère financière me l’a dit, je n’ai pas le droit à l’erreur », souligne-t-il. Crédit photo : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantPour un jeune, l’achat d’une terre à près de 50 000 $ l’hectare est difficile à rentabiliser. Afin de réussir à vivre de ses cultures, la relève n’a qu’une seule option : exceller.
Julien Tanguay, 25 ans, vient de terminer sa première année comme producteur de grandes cultures à son compte. Il a acheté une terre de 138 acres l’an dernier à Saint-Pie, près de Saint-Hyacinthe, dans un secteur où les prix ont explosé depuis une quinzaine d’années. « Le prix des terres est exorbitant. Pour quelqu’un qui commence, c’est dur, car les profits ne sont pas élevés. Si je n’avais pas eu mon père et mon oncle pour m’endosser, je n’aurais jamais réussi à démarrer. J’ai peut-être l’air négatif, mais c’est la réalité de la relève », assure-t-il.
Le jeune homme a cependant eu de la chance. Il a acheté les champs d’un étranger qui croyait en la relève et qui lui a fait un rabais de plus de 25 %.
Mais un tel investissement demeure stressant.
« C’est sûr qu’il y a de l’insécurité. Même si je travaille bien, c’est la météo qui a le dernier mot. Pour dégager des bénéfices, je dois atteindre des objectifs de rendement assez élevés et bien vendre mon grain. Ma conseillère financière m’a dit que la barre était haute et que je n’avais pas le droit à l’erreur », mentionne-t-il.

Lancer son entreprise et contracter un prêt qui dépasse 1 M$, c’est « dur à sizer » pour un jeune de 25 ans, fait remarquer Julien Tanguay. Sans être un adepte de l’école, il a décidé de suivre une formation dédiée à la création d’un plan d’affaires. Le coup de main de sa conseillère financière l’a également aidé. « Elle a épluché mon dossier de A à Z. Elle a été patiente et la confiance s’est installée », dit-il en entrevue avec le magazine Grains.
Manon Bédard, diplômée en agronomie et directrice de comptes agricoles à la succursale Desjardins de Saint-Hyacinthe, observe un changement chez la nouvelle génération d’entrepreneurs. « La relève est plus formée qu’avant et s’informe sur Internet. Ça amène certains jeunes à être moins ouverts aux conseils, car ils savent tout! D’autres, par contre, comme Julien, souhaitent développer leur réseau de contacts. Ils veulent que je leur présente des personnes-ressources qui les aideront à faire croître leur entreprise et que je leur apprenne comment défoncer des portes. C’est très motivant », dit-elle.
Oublions le blé et les tracteurs
La directrice de comptes assure qu’en raison du prix actuel des terres, il n’y a pas de projet rentable pour la relève dans la production de grains en Montérégie. « Si le jeune n’est pas soutenu par l’entreprise de ses parents et s’il n’a pas accès à un parc de machinerie commun, oubliez ça! » affirme Mme Bédard.
Pour Julien Tanguay, il est hors de question d’acquérir sa propre machinerie, car cela ne serait pas rentable pour sa compagnie. Même l’achat d’équipement usagé s’avérerait une aventure périlleuse. « La machinerie usagée coûte moins cher, mais si je veux atteindre l’excellence dans mes rendements, je dois miser sur de l’équipement à la fine pointe, comme un planteur très précis. Il faut de la machinerie efficace qui permet de profiter des fenêtres météo favorables », mentionne le jeune agriculteur. Il a donc opté pour les travaux effectués à forfait par la compagnie de son père et de son oncle.
Mais Julien Tanguay réalise que malgré les travaux à forfait à prix réduit dont il bénéficie grâce à sa famille, la marge bénéficiaire de son exploitation demeure mince. Chaque détail compte.

S’il veut atteindre les objectifs de son plan d’affaires, il doit choisir les bons cultivars et effectuer un suivi rigoureux de ses champs. Il a reçu le conseil d’éviter de produire des céréales pour se concentrer sur des cultures payantes à court terme, comme le soya et le maïs.
Conscient de l’importance de la santé des sols, il prône l’utilisation de plantes de couverture. « On a supprimé une application d’herbicide antigraminées grâce au ray-grass en intercalaire dans le maïs. C’est donc valable d’un point de vue économique et pour la santé des sols. Ça fait une différence. La terre est plus friable et la portance des machines est meilleure », a observé Julien Tanguay.
Pas trop de folies
L’achat des intrants constitue un autre point névralgique qui affecte la rentabilité. Julien Tanguay veut profiter des rabais associés aux paiements hâtifs des semences. Avancer des sommes importantes lorsque l’on est en démarrage demande beaucoup de discipline. « Je dois me garder de l’argent, mais ce n’est pas évident. La clé, c’est de ne pas faire de folies », avoue-t-il.

Concernant la vente de ses récoltes, le jeune entrepreneur envisage de prendre part à une formation en commercialisation des grains. Il souhaite être en mesure de mieux évaluer les marchés boursiers et de comprendre les astuces qui lui permettront de vendre ses récoltes à bon prix. Même si le travail de bureau ne l’enchante pas, il s’y applique également. En vérifiant ses papiers, il a réalisé qu’il n’était pas admissible au Programme de remboursement de taxes foncières agricoles du ministère de l’Agriculture. « Le gouvernement ne donne plus d’argent pour rien. Il faut surveiller ses affaires », a-t-il constaté.
Le prix des terres fait peur
Julien Tanguay aime le métier de producteur de grains, mais n’a pas l’intention d’acheter d’autres terres. « Le prix des terres fait peur. Il y a trois ans, quand le maïs se vendait à 330 $ la tonne, les gars disaient qu’ils transportaient de l’or. Le prix des terres a monté en conséquence. Aujourd’hui, le prix du maïs est stable, mais pas très élevé. Personne ne sait ce qui va se passer dans l’avenir avec une terre qu’on a payé cher », analyse-t-il.
Julien envisage plutôt d’acheter des parts dans la ferme de son père et de son oncle et de diversifier son entreprise en faisant du camionnage. Son oncle songe d’ailleurs à la retraite et vit le dilemme habituel : accepter un montant moindre pour favoriser la relève ou vendre à un étranger et encaisser des millions. « J’ai eu la ferme de mon père qui l’a eue de son père. Je me dis qu’il faut une 5e génération. Sauf que ce n’est plus une petite entreprise comme à l’époque. Il y a beaucoup de valeur en jeu. Je veux être juste avec mes propres enfants tout en aidant mon neveu à prendre la relève. Et sans cachette, la rente d’un producteur, c’est la vente de ses actifs : il faut qu’il m’en reste un peu. Grâce à des compromis, on devrait pouvoir y arriver », commente l’oncle Jean-Pierre Tanguay, qui cultive près de 1 800 acres avec son frère.
« Il n’est pas mon père, il est mon boss! »
Délaisser le développement de sa compagnie personnelle pour prendre place dans l’entreprise familiale présente des avantages et un peu d’adaptation comme celui de travailler tous les jours avec les membres de sa famille. « Mon père et moi avons un caractère semblable. Ça fait des flammèches à l’occasion, mais je dois m’efforcer de garder une bonne relation. Je mets les choses en perspective en me disant parfois : « Aujourd’hui il n’est pas mon père, il est mon boss.” »
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