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S'abonner maintenantHANOVRE — En plus de 35 ans de carrière, le reportage à Agritechnica en Allemagne représente assurément l’un des plus difficiles. Comme le disait le petit Gibus du mythique film La Guerre des boutons, « si j’aurais su, j’aurais pas venu ».
Reste qu’il s’agit d’un défi des plus intéressants, à commencer par le vol vers l’Allemagne avec une correspondance en Suisse. Belle façon de fuir la grisaille de novembre. L’aéroport de Zurich constitue à lui seul une attraction. Pour se déplacer d’un terminal à l’autre, le voyageur doit emprunter un métro. Plutôt que de l’insipide musique d’ascenseur, les haut-parleurs diffusent une mélodie interprétée par des cors alpins. Suit le doux chant… d’un troupeau de vaches dans ses alpages. Bienvenue en Suisse!
Voilà un peuple qui assume bien son identité, me suis-je passé comme réflexion. À quoi pourrait-on bien penser pour montrer notre couleur aux visiteurs qui débarquent à l’aéroport Trudeau? me suis-je par la suite demandé.
Quant à l’exposition elle-même, c’est l’avalanche des superlatifs. L’endroit a de quoi vous donner le vertige et des ampoules aux pieds, preuve à l’appui. Un système de transport collectif desservait même le site. Malheureusement, on aurait juré que les chauffeurs d’autobus s’étaient donné le mot pour circuler en sens contraire de la direction souhaitée. Pour vous donner une idée du gigantisme, la surface d’exposition couvrait près de 400 000 m2, soit plus d’une vingtaine de terrains de football mis bout à bout. Les 2 800 exposants sont répartis en 26 pavillons, par leur architecture tous plus étonnants les uns que les autres. Tant qu’à construire, aussi bien faire un bâtiment qui a de la gueule!
Le temps de réaliser des entrevues et de prendre quelques clichés, j’ai à peine eu le loisir d’en visiter une dizaine. Les énormes tracteurs et autres machines agricoles avaient tout l’espace nécessaire pour être déployés. Les tracteurs! De véritables monstres, toujours les grands favoris du public. Les visiteurs étaient parfois si nombreux à se presser autour d’eux qu’il était difficile de prendre une photo. On aurait dit des mouches autour d’un pot de miel ou un troupeau de touristes asiatiques en pâmoison devant les chutes du Niagara.
Autant de machines et d’innovations m’ont amené à penser que les agriculteurs du monde entier partagent un trait commun, l’ingéniosité. Il n’y a pas de problème pour un agriculteur, que des solutions. C’est sans doute une expression de l’héritage laissé par nos ancêtres arrivés en Nouvelle-France avec un marteau et une bottine. De là provient sûrement le système D, pour « débrouille-toi ».
Les fabricants, provenant de 52 pays différents, n’ont évidemment pas tous atteint le même niveau. Au premier abord, ce qui saute aux yeux, c’est la différence entre les équipements nord-américains et européens versus ceux des pays émergents. J’ai eu l’impression d’y revoir les machines d’il y a 50 ans.
Quelques belles surprises aussi, dont ce face-à-face impromptu avec Victor Lemken, grand patron septuagénaire de la firme du même nom. Celle-ci emploie 1 200 personnes à travers le monde. Sa particularité : elle a été fondée à Alpen en Allemagne en 1780, neuf ans avant la Révolution française! Dire que cette entreprise familiale trouve son origine dans une simple forge de village comme on en trouvait tant au Québec au siècle dernier. Ne dit-on pas que c’est en forgeant que l’on devient forgeron?