Photo : Oleksii Synelnykov/Shutterstock
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantLes jeunes du milieu agricole évoluent dans un environnement unique, marqué par des réalités économiques exigeantes, une forte culture du travail et des défis d’accès à la propriété. Toutefois, on parle rarement de ce que ça signifie de grandir dans une famille agricole et de l’influence que cet environnement peut avoir sur le parcours des jeunes.
Je m’intéresse depuis longtemps à cette réalité. D’abord, parce que j’ai moi-même grandi dans une ferme laitière. Ensuite, comme travailleur de rang, j’ai constaté à quel point le chemin de ces jeunes est façonné par des facteurs qui dépassent largement les choix individuels.
Grandir en agriculture, c’est évoluer dans un univers culturel riche de valeurs et de savoir-faire. Mais c’est aussi être confronté à des pressions particulières. Le monde agricole est peu connu du grand public. Certains préjugés et stéréotypes stigmatisants circulent toujours… et laissent des traces. Lorsqu’un jeune a l’impression que son milieu est moins valorisé que d’autres ou qu’il est destiné à suivre un chemin déjà tracé, cela peut influencer sa perception de lui-même. Certains, influencés par le regard des autres, hésitent à poursuivre des études ou à explorer des avenues différentes. D’autres développent le sentiment qu’ils doivent constamment prouver leur valeur.
À cela s’ajoute une culture du travail, profondément ancrée dans plusieurs entreprises agricoles. Le travail fait partie de l’identité même du milieu. Il est normal d’aider très tôt à la ferme, de participer aux tâches familiales et de contribuer au bon fonctionnement de l’entreprise. Bien sûr, cette réalité comporte de nombreux aspects positifs. Elle favorise l’autonomie, la débrouillardise et le sens des responsabilités. Mais elle peut aussi conduire certains jeunes à ressentir une pression importante. Dans un contexte où la performance est constamment valorisée et où les défis économiques se multiplient, plusieurs ont l’impression qu’ils n’en font jamais assez. Cette culture rend parfois plus difficile l’expression de la vulnérabilité. Lorsque le fait de demander de l’aide revient à être faible et non résilient, les questions de santé mentale et de bien-être sont stigmatisées.
Les réalités économiques ajoutent également leur lot de défis. L’accès à la propriété représente un obstacle majeur pour la relève. Au cours des dernières années, il est devenu très dur pour les jeunes d’avoir leur propre logement. Bien souvent, ils restent chez leurs parents le plus longtemps possible, car ils sont tout simplement dans l’impossibilité financière de pouvoir faire l’acquisition d’une propriété à eux.
On observe aussi une hausse importante des difficultés liées à la reprise ou à l’achat d’une entreprise agricole. Les producteurs agricoles travaillent souvent jusqu’à un âge avancé. Cela peut contribuer à la difficulté de transfert de la ferme à la nouvelle génération. De plus, les familles se retrouvent parfois devant des choix difficiles : comment assurer une retraite aux parents tout en permettant à la relève de poursuivre l’aventure sans s’endetter excessivement?
Ces questions n’ont pas de réponses simples. Cependant, une chose demeure certaine : les jeunes qui grandissent en agriculture possèdent des forces remarquables. Ils développent très tôt leur sens des responsabilités, leur capacité d’adaptation et leur persévérance. Ils portent souvent un profond attachement à leur communauté et à leur territoire.
Reconnaître les défis auxquels ils font face permet de mieux comprendre leur réalité et de créer des conditions favorables à leur épanouissement, qu’ils choisissent ou non de poursuivre l’aventure agricole. Parce qu’au-delà des entreprises, il y a d’abord des jeunes qui cherchent, comme tous les autres, à construire leur avenir.
Besoin d’aide?
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected].