Page conseils 22 mai 2026

Allier compréhension et expertise pour mieux conseiller

Parmi les agronomes que j’ai côtoyés, ceux qui se distinguent le plus sont ceux qui comprennent le mieux les producteurs qu’ils accompagnent. Au cours des dernières années, j’ai eu la chance d’en rencontrer dans différents contextes, que ce soit comme conseillers ou comme producteurs agricoles. Avec mon retour en tant qu’agronome, un constat que j’avais oublié me revient rapidement : la qualité du conseil repose autant sur le savoir-être que sur le savoir-faire.  

Savoir-être et savoir-faire

Le savoir-être se concentre sur l’attitude et le comportement face aux autres. Il touche la communication, l’approche et la posture professionnelle. Il est difficile de bien l’enseigner, car il demande une prise de conscience et une remise en question, mais c’est ce qui permet de transmettre un message de façon efficace.

Le savoir-faire, quant à lui, repose sur les compétences techniques. Il se développe avec la pratique, comme l’interprétation des résultats d’analyses, l’élaboration d’un plan de fertilisation ou l’évaluation de la survie à l’hiver du blé. Il est essentiel à tout métier et constitue un savoir indispensable pour tout conseiller. Il s’acquiert et se développe par la formation et l’expérience sur le terrain. Ces distinctions prennent tout leur sens lorsqu’on observe la pratique agronomique sur le terrain. Voici donc quelques comportements que j’ai pu remarquer au fil des années chez les agronomes les plus marquants que j’ai connus. 

Écoute active

La première qualité d’un professionnel compétent, c’est l’écoute. Une erreur que j’ai moi-même souvent commise, c’est de parler plus que le producteur. On veut rapidement arriver avec des solutions. Pourtant, avant de proposer des conseils sur ses pratiques, celui-ci a besoin d’être bien compris. 

On a tous en tête des exemples de recommandations qui n’ont jamais été mises à exécution, faute de temps, d’argent ou de priorité. En prenant le temps d’écouter et de comprendre la réalité de chaque entreprise, l’agronome augmente considérablement ses chances de poser les bonnes questions afin d’identifier clairement les enjeux et de proposer des solutions réellement applicables.  

S’adapter à son auditoire 

Un autre trait présent chez plusieurs des agronomes qui ont marqué ma vie professionnelle est leur capacité à s’adapter : ils ajustent leur langage, leur niveau de détail et leur façon de présenter les pistes concrètes. Au cœur de cette capacité se trouve la vulgarisation : rendre accessibles des notions complexes sans en dénaturer le contenu devient une compétence essentielle pour favoriser la compréhension, l’appropriation et, ultimement, l’application des recommandations. L’objectif n’est pas seulement d’avoir raison sur le plan technique, mais de se faire comprendre et d’être pertinent pour son interlocuteur. Ils tiennent compte des priorités, des contraintes et des objectifs propres à chaque entreprise.  

À l’inverse, lorsqu’on se limite à un seul angle d’analyse, comme l’économie ou l’environnement, on risque de proposer des recommandations déconnectées de la réalité globale de l’entreprise. Cette souplesse favorise des conseils qui ont plus de chances d’être appliqués.

Être présent et assurer un suivi 

Finalement, un bon conseil ne se limite pas à une recommandation ponctuelle : il s’inscrit dans un processus d’accompagnement plus complet. Les agronomes qui marquent positivement leur entourage sont ceux qui restent disponibles, reviennent voir les résultats et ajustent leurs interventions. Ce suivi démontre un partage des responsabilités, un réel engagement envers la réussite du producteur et contribue à bâtir une relation de confiance durable. Évidemment, le savoir-faire demeurera toujours indispensable en agronomie. Mais sans savoir-être, il perd une grande partie de sa portée.

Les agronomes qui se démarquent ne sont pas ceux qui maîtrisent à la perfection la théorie, mais ceux qui saisissent suffisamment la réalité des producteurs pour que leurs conseils soient entendus, compris et, surtout, appliqués.  



En collaboration avec l’Ordre des agronomes du Québec :