Technique 15 mai 2026

L’IA pour décoder le langage des vaches

Des chercheurs ont généré plus de 26 000 heures d’enregistrements des meuglements des vaches pour tenter de décoder leur langage. Autrement dit : comprendre ce que signifie « meuh! » dans différents contextes.

L’étude, dirigée par le professeur Ghader Manafiazar, du Centre des animaux ruminants de l’Université Dalhousie à Truro, en Nouvelle-Écosse, souhaite répondre à trois questions : 1) le « langage » des vaches diffère-t-il d’une bête à l’autre, 2) le motif vocal de la vache change-t-il avant et après le vêlage et 3) la vache retrouve-t-elle sa « voix » normale après le vêlage, et combien de temps lui faut-il pour y arriver, le cas échéant?  

Un microphone a été fixé au cou de 40 vaches en situation d’élevage pendant 28 jours, avant et après le vêlage. « Ces enregistrements ont été traités afin d’en extraire des caractéristiques acoustiques, notamment la fréquence, l’amplitude et les caractéristiques temporelles », explique le professeur. 

Des modèles d’apprentissage automatique [intelligence artificielle] ont ensuite été appliqués pour déterminer si des motifs cohérents peuvent être associés à différents états ou conditions des animaux.

Les premiers résultats indiquent que oui.

Les résultats préliminaires suggèrent que le comportement vocal des bovins n’est peut-être pas aléatoire, mais plutôt structuré et potentiellement riche en informations, soutient le professeur Manafiazar. Ces premiers indices soutiennent l’idée que la surveillance acoustique pourrait devenir un outil non invasif pour évaluer en temps réel le bien-être et la santé des animaux.

Ghader Manafiazar

Si l’hypothèse s’avère, le chercheur et son équipe tenteront de comprendre les causes de ces variations vocales. Pourraient-elles s’expliquer par des événements physiologiques importants, comme l’œstrus [les chaleurs] ou le cycle reproductif, par exemple? « Nous savons déjà que les animaux plus efficaces sur le plan alimentaire diffèrent des moins efficaces dans leur comportement alimentaire : les vaches efficaces se rendent moins souvent à la mangeoire, mais y passent plus de temps. J’aimerais donc aussi examiner si des différences similaires existent dans leurs vocalisations », explique le professeur en système de production animale durable.

Du point de vue de la science, l’étude pourrait permettre aux chercheurs et à ceux qui gravitent autour d’améliorer leur compréhension du comportement et de la communication des animaux. Elle présente également un intérêt pratique qui pourrait s’observer directement dans l’étable, sur le plancher des vaches, et se refléter dans les coûts d’exploitation des producteurs, estime Ghader Manafiazar. « Cela pourrait permettre de développer des outils pour surveiller le bien-être et la santé des animaux, et améliorer leur production. »

Une suite aux travaux du professeur Manafiazar et de son équipe est prévue. Dans cette seconde étape, l’objectif consistera à élargir l’échantillon de données, à améliorer les méthodes d’analyse et à valider les résultats dans des conditions variées afin d’identifier les causes des variations vocales des vaches. « Une analogie simple est celle d’un bébé qui pleure, illustre le chercheur. Si les parents notent si le bébé pleure à cause de la faim, de l’inconfort ou d’une autre raison, et qu’ils accumulent suffisamment d’exemples, des motifs peuvent émerger. » Le principe vaut aussi pour les vaches, soutient Ghader Manafiazar. « Si nous recueillons suffisamment d’observations et d’enregistrements dans des conditions connues, nous pourrons peut-être identifier des motifs et mieux interpréter ce que les vaches communiquent par leurs vocalisations. »