Un air de carte postale chez les Ménard

BAIE-SAINT-PAUL – Huit générations après que le premier représentant du clan s’y soit installé, les Ménard font figure de pionniers dans le rang Sainte-Croix, à Baie-Saint-Paul. À la ferme familiale, plantée dans un décor de carte postale, Claude et Francis Ménard, père et fils, se partagent désormais la multitude de tâches inhérentes à la vie d’agriculteurs. 

Depuis 2006, Francis Ménard et son père, Claude, sont copropriétaires à parts égales de la Ferme C.F.M. Les 80 vaches du troupeau produisent annuellement un nombre équivalent de veaux d’embouche, vendus via les réseaux de distribution conventionnels, ainsi que directement à quelques clients. 

Les destinées agricoles du duo père-fils étaient pourtant loin d’être écrites dans le ciel. Le frère de Claude et parrain de Francis, Jean-Guy, avait pris le relais de la ferme du patriarche Bertrand, décédé en 1988. 

« C’était le terrain de jeu, dans la cour. On était tout le temps rendus là pareil. Et mon oncle était content de nous voir », relate Francis. 

Ce dernier a vendu le quota de lait au début des années 1990 pour se tourner vers la production de veaux d’embouche. Mais ça, c’était avant que la maladie ne vienne brasser les cartes.

« Quand Jean-Guy est tombé malade, on lui a proposé de racheter la ferme », explique Claude, alors franchisé d’une bannière d’épicerie connue. « Il était content que ça reste dans la famille. [Jean-Guy] est finalement décédé à 49 ans. »

« Si on n’avait pas repris ça, ce serait fermé aujourd’hui », ajoute le septuagénaire avec un regard tendre vers Ruby et Edouard, les enfants de Francis. « La continuité, qu’est-ce qu’on peut espérer de mieux? » 

Dire tout sans rien dire

Travailler ensemble présente des avantages non négligeables. « En premier, c’est la confiance! » estime le plus jeune. « On a des forces complémentaires, renchérit son père. Bien souvent, on ne se parle même pas et on se comprend. Depuis le temps, on sait ce qu’on a à faire. » 

« Les clôtures, les abreuvoirs, les trucs plus minutieux, c’est lui. Il est d’autant plus important parce qu’il y a toujours quelque chose de brisé. (Rires) On fait les grosses jobs, les foins, le dérochage ensemble. Les labours, le hersage, l’épandage, c’est plus de mon ressort. La prévision des semis aussi », ajoute Francis, dont le véritable dada est toutefois l’élevage.

La ferme des Ménard est posée dans un décor de carte postale dans un discret rang de Baie-Saint-Paul.
La ferme des Ménard est posée dans un décor de carte postale dans un discret rang de Baie-Saint-Paul.

À voir la ribambelle de veaux qui semblent tous sortis du même moule, on comprend que cette passion porte fruit. « J’aime avoir de beaux animaux et je suis passionné par la génétique, qui permet vraiment d’améliorer la conformité. Ça me permet aussi de vendre des génisses de qualité à d’autres producteurs, ce qui diversifie les revenus. »

Francis a tout appris « sur le tas ». « Je n’ai pas étudié l’agriculture, mais je me suis bien entouré. On travaille avec des agronomes, avec Bovi-Expert. On tient un registre de troupeau, j’ai de bons services vétérinaires, j’ai fait des voyages de ferme, des formations… On apprend tout le temps quelque chose », explique-t-il.

Les Ménard n’ont jamais douté de leur choix, mais n’envisagent pas d’augmenter le troupeau, d’autant plus que Francis est désormais copropriétaire de l’épicerie avec ses deux frères.

« C’est assez pour nous. Les animaux sont toujours dehors. On a établi deux périodes de vêlage par an, du 15 mai au 15 juillet et du 15 septembre au 15 novembre. Ça permet de prendre un peu de temps l’hiver. La qualité de vie est importante », lance Francis, qui peut toujours compter sur son père pour un coup de main.

Pour la suite du monde

Il est encore trop tôt pour dire si Ruby, 5 ans, et Edouard, 7 ans, incarneront la 9e génération d’agriculteurs Ménard sur le chemin Sainte-Croix.

« Ils aiment aller flatter les minous et les vaches. On verra », rigole Francis, qui touche littéralement au bonheur quand sa progéniture caracole autour de lui. « J’adore ça. Vivre dans une ferme, je pense que ça leur apprend les vraies valeurs de la vie. »

Le grand-père partage sa joie. « J’en connais plusieurs, des agriculteurs qui ont des enfants qui ne veulent rien savoir. Je trouve ça déjà beau d’avoir un fils qui aime ça. On a ça en commun, l’amour de la terre », affirme Claude Ménard.

Quoi qu’il en soit, les Ménard, père et fils, travaillent tous les jours à améliorer les choses.

La Ferme C.F.M. a d’ailleurs reçu la médaille d’argent lors de la plus récente remise des prix de l’Ordre du mérite agricole. 

« On est fiers, c’est la plus haute distinction du milieu agricole. On a eu la médaille de bronze en 2017, l’argent en 2025 et on vise la médaille d’or dans 5 ans. Que ce soit mes enfants ou pas qui prennent la relève, on va léguer une ferme intéressante avec un grand potentiel à nos successeurs », conclut Francis Ménard.  

Équipement

Francis Ménard l’admet d’emblée : ici, la « fine pointe de la technologie » n’a pas vraiment sa place. « Une acquisition récente qui nous a facilité la vie, c’est la cage de contention. On en avait une, mais on en a acheté une meilleure pour être capables de travailler plus confortablement, que ce soit pour examiner les vaches, installer des tags, faire manger les veaux… J’ai aussi une cage que je mets sur le VTT pour attraper les veaux pour le taguage. L’idée, c’est de se simplifier la vie et que ce soit plus agréable pour nous, et pour les animaux aussi. C’est le genre d’amélioration qu’on fait à la ferme. »

Les vaches et veaux de la ferme sont dehors en tout temps, et deux périodes de vêlage sont planifiées annuellement pour offrir un petit répit durant l’hiver.

Les vaches et veaux de la ferme sont dehors en tout temps, et deux périodes de vêlage sont planifiées annuellement pour offrir un petit répit durant l’hiver.

Le bon coup de l’entreprise

En 2024, Francis Ménard, de la Ferme C.F.M., a été approché pour participer au projet pilote de BOvins pour le climat, une initiative visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre des productions ovines et bovines.

Un bilan carbone détaillé a d’abord été produit pour la ferme, assorti d’un plan d’action. Un suivi sera effectué dans quelques années pour évaluer les améliorations. « Ça m’intéressait parce qu’on sait qu’éventuellement, toutes les fermes vont devoir faire cet exercice-là et c’était gagnant pour la ferme parce que ça nous donne accès à plein de spécialistes. »

Si la ferme va bien, il n’en demeure pas moins que les changements climatiques posent certains défis.

« Nos animaux sont toujours dehors. Quand on a affaire à des sécheresses, par exemple, comment leur donner la bonne nourriture pour avoir leur gain de poids quotidien et éviter la diminution drastique l’été? Les spécialistes de BOvins pour le climat nous ont donné de bons conseils à ce sujet-là, et sur bien d’autres », indique Francis Ménard.

Pour l’agriculteur, ce programme permet d’être « au-devant des choses ». « Le bien-être animal et environnemental, c’est la base de nos entreprises. Moi, je prends toute l’aide que je peux avoir pour améliorer la ferme, et avec BOvins pour le climat, on a l’aide de spécialistes sur à peu près tous les volets. » 

Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme C.F.M.

Spécialité :

Veau d’embouche

Année de fondation :

2006

Noms des propriétaires :

Claude et Francis Ménard

Nombre de générations :

8

Superficie en culture :

105 hectares (dont 40 en location)

Cheptel :

80 vaches Angus Simmenthal

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