Du foin de qualité dépend de nombreux facteurs, dont l’usage que nous voulons en faire. Les besoins d’une brebis ne sont pas les mêmes que ceux d’une vache laitière. Première chose à se demander, donc : à quel usage mon foin est-il destiné? Photo : Claude Fortin
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S'abonner maintenantLe foin est à la base de la production animale. Un fourrage de mauvaise qualité entraîne invariablement des coûts de production plus élevés, en plus de tirer les rendements vers le bas. La bonne nouvelle, c’est que la production d’un foin de qualité, ça se fait. Nous sommes allés à la rencontre d’experts pour qui le foin n’a plus de secrets.
Le sol. Ça paraît banal, mais pour obtenir un foin de qualité, tout part de là. Il faut savoir le préparer. Et pour ça, il faut le connaître. « Son type, sa fertilité, son drainage, ça fait partie des bases qu’on doit maîtriser », explique Éric Desrosiers de chez SEM Solutions, une entreprise spécialisée dans la production de plantes fourragères pérennes. « Si je ne suis pas capable d’entrer dans le champ quand c’est le temps de faucher, ça va avoir un impact sur la qualité du foin parce que je vais retarder ma fauche, ma plante va grandir, je vais perdre de la protéine puis j’aurai de la difficulté à atteindre mon objectif en termes d’analyse », ajoute pour sa part Aurélie De Rainville, enseignante à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ) et productrice de foin sec. Incidemment, observe Éric Desrosiers, « la plus grande faiblesse que j’ai vue au fil des ans, dans le fourrager, c’est dans la préparation du sol et du semis. C’est une période assez cruciale où, souvent, malheureusement, on saute des étapes », dit-il.

« Il faut un sol en ordre », confirme Germain Lefebvre, fondateur de Novations AGL avec son fils Antoine. Un sol en ordre, ça veut aussi dire un bon contrôle des vivaces, le chiendent en particulier. Il doit également présenter un nivelage « raisonnable ». Il faut éviter les « mottes », insiste le développeur et manufacturier d’outils de gestion des fourrages, parce que « lorsque la faucheuse va passer dedans, elle va la scalper et la terre va se retrouver dans le foin, et ça, on ne veut pas ça. »
Attention également au sol trop meuble. « Si on cale jusqu’aux chevilles, illustre Germain Lefebvre, ce n’est pas bon. Il faut tout juste y laisser l’empreinte de nos bottes. Si ça croûte, ce n’est pas bon non plus », dit celui pour qui le foin est le dada.
Les travaux de sol sont souvent trop intenses. Les sols sont souvent très, très meubles. On semble oublier que les semences devraient être déposées en surface, entre ¼ et ½ pouce, pas plus.
Autre incontournable pour du fourrage de qualité : l’acidité du sol, son potentiel hydrogène (pH). Tous les champs ne sont pas faits pour toutes les espèces de plantes. « Pour les légumineuses, la luzerne en particulier, il faut un pH près de la neutralité, précise monsieur Lefebvre. Si on va dans les graminées, on parle d’un pH d’environ 6,1 ou 6,2, ou un peu plus bas. Pour les sols plus difficiles à corriger, il faut s’orienter plus du côté des graminées. » Rappel important : toutes les espèces ne font pas pour tous les usages non plus. « Le trèfle rouge, c’est pour l’ensilage, insiste Germain Lefebvre. On ne fait pas de foin sec avec du trèfle rouge. La luzerne, c’est bon pour les deux. »
Une fois ce travail initial réalisé, on peut passer à l’étape suivante. « Si on maîtrise nos bases, après, on va être capables de choisir nos espèces qui vont correspondre à nos besoins, aux animaux qu’on veut soigner », indique Éric Desrosiers, qui ajoute, comme Germain Lefebvre, qu’il faut semer de façon uniforme sur tout le champ, et ne pas se gêner pour fertiliser. « Si on ne fertilise pas, on n’aura pas de rendement », prévient Germain Lefebvre.
Connaître nos objectifs
« C’est compliqué de faire du bon foin, mais déjà, si on connaît nos objectifs, on augmente nos chances d’y arriver », soutient Aurélie De Rainville. « L’absence de poussières et un foin qui n’a pas chauffé, ce sont des critères de qualité pour tous les foins, explique d’abord la technologue. Ensuite, il faut savoir qu’un bon foin, ce n’est pas la même chose pour tous les producteurs. » Les vaches laitières, les vaches taries, les chèvres, les moutons et les chevaux, par exemple, montrent tous des besoins nutritionnels différents. « Pour un producteur de bovins, un foin à 17 % de protéine et un ADF [indice de digestibilité] relativement bas, ça va aller. Un foin vert, de deuxième coupe, pour eux autres, c’est le meilleur foin », illustre la spécialiste.

La première étape consiste donc à établir le besoin alimentaire de chaque production. Ici, les producteurs de foin de commerce le savent : il faut parler à ses clients. Ce sont eux qui connaissent leurs besoins. « C’est nécessaire parce que je risque de rester pris avec mon foin, signale madame De Rainville. Je vais alors devoir baisser mon prix pour l’écouler et, éventuellement, arriver en dessous de mon coût de production. »
Faucher, récolter et entreposer
Les experts du Québec s’entendent généralement pour une hauteur de coupe d’environ dix centimètres [quatre pouces]. « Ça favorise la seconde pousse », relève Germain Lefebvre. Il faut donc prendre le temps d’ajuster son équipement, un cinq minutes bien investi. Le moment de la fauche importe également. Il faut choisir le bon stade de développement de la plante. « La première fauche, dans la plupart des régions du Québec, va se faire dans la première moitié de juin, pour l’ensilage. Si on est dans le foin sec, ce sera plus entre le milieu et la fin juin, explique Éric Desrosiers. Pour la deuxième fauche, selon l’espèce et la fertilisation, on parle d’environ 35 jours entre les coupes. Le problème, si on attend trop et que le foin devient trop long, c’est qu’on perd en qualité nutritive, en digestibilité, en protéines, etc. »
Une fois coupé, il faut, pour le foin sec [mais pas toujours pour l’ensilage], le faire aérer en le dispersant sur toute la surface du champ. On le regroupera ensuite en andains « crêtés » uniformes pour en améliorer le séchage et donner des balles d’un poids standard. « Pour faire de la qualité dans le foin sec, il ne devrait pas passer plus de trois jours au champ. Ça, ça veut dire deux nuits, indique Germain Lefebvre. Ça peut être un peu plus à l’automne parce que le foin d’automne garde sa qualité un peu plus longtemps, une fois fauché, et qu’il sèche un peu moins vite. » Trop attendre avant de ramasser peut aussi coûter cher, rappelle monsieur Lefebvre. « Chaque jour que le foin passe au champ, on perd 5 % de matière sèche, de rendement, en raison de la respiration cellulaire, de sa détérioration. »
Pour produire un foin qui répond à nos besoins, il faut aussi qu’un « dialogue » existe entre le champ et l’étable, insiste Éric Desrosiers. « Si nous sommes dans une ferme où les tâches sont partagées en spécialités, il est important de tenir des rencontres interdisciplinaires pour s’assurer que le fourrage répond aux besoins du troupeau, dit-il. Des fois, quand tu poses des questions à la personne de champ au niveau de l’alimentation, elle va souvent te répondre : “Bien, on va aller voir ça avec mon frère, ma sœur, c’est lui [ou elle] qui s’occupe de l’alimentation.” Et quand on arrive à cette personne-là, elle va dire : “Ce n’est pas moi qui m’occupe des champs.” Il faut alors leur faire réaliser que les besoins des animaux viennent du champ, donc qu’il faut se parler. »
Photo : Martin Ménard / Archives TCN
Les clés de la réussite
Semences :
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Assurer une distribution uniforme sur tout le champ.
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Selon l’espèce semée, entre 12 à 15 kilos de semences par hectare.
Période de semis : La fin de l’été présente l’avantage d’une meilleure humidité du sol.
Acidité : Bien chauler pour atteindre un pH optimal du sol.
Azote : Les graminées aiment beaucoup l’azote. Jusqu’à 200 kilos par hectare selon les nouvelles grilles du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) ou 20 kilos d’azote par tonne de rendement.
Rendement : De huit à dix tonnes à l’hectare représentent un bon rendement.