À coeur ouvert 2 avril 2026

La passion : un moteur puissant, mais qu’il faut apprivoiser

Faire de l’agriculture et de l’acériculture au Québec, en 2026, ce n’est pas juste pour le chèque. Parce que des années faciles, ça ne court pas les rangs. Ce qui nous fait tenir, nous fait sortir du lit quand l’alarme sonne à quatre heures, même en janvier à -30 °C, c’est la passion.

La passion agricole, c’est concret. Ça sent la terre au printemps, le foin pressé l’été, le diesel, la moulée, la pluie, le fumier… C’est imaginer la récolte devant un champ fraîchement semé, surveiller un vêlage comme si c’était le premier, même après vingt ans d’expérience. La passion, c’est un bon vieux moteur fiable qui toffe longtemps. C’est elle qui pousse à investir dans un semoir plus précis, à essayer une variété plus résistante, à revoir nos pratiques pour améliorer nos sols. C’est elle qui nous fait parfois assister à des conférences l’hiver plutôt que de partir dans le Sud. Parce qu’on veut faire mieux, toujours mieux. En agriculture, on peut être fiers. On innove, on s’adapte, on diversifie. La passion se voit partout; que ce soit en grandes cultures, en production laitière, en acériculture ou en maraîchage, dans les entreprises transgénérationnelles ou dans celles qui démarrent sur deux acres, avec beaucoup d’huile de bras.

Néanmoins, la passion peut aussi jouer des tours. Une passion mal gérée peut devenir envahissante. On connaît tous quelqu’un qui a de la misère à décrocher, qui pense à ses champs même au party de famille, qui reporte les vacances, qui repousse le rendez-vous chez le médecin. Parce que « la ferme passe en premier ». C’est noble, la passion, mais c’est risqué. Lorsqu’elle prend toute la place, elle peut nous faire prendre des décisions trop vite : investir sans recul, agrandir parce qu’on veut prouver qu’on est capable, travailler 90 heures par semaine, parfois jusqu’à l’épuisement, parce qu’on aime ça. Le corps ou la tête dit alors « stop ». L’épuisement, le stress financier, les pressions de toutes sortes, ça fait partie de la réalité agricole. Et c’est justement parce qu’on est passionnés qu’on est plus vulnérables. Ça devient personnel. Une mauvaise récolte, ce n’est pas juste un chiffre rouge : c’est un coup au cœur et à la fierté.

Comment garder la passion sans se brûler? En se rappelant que la passion, ce n’est censé être ni un feu de paille ni un de forêt. C’est un feu de foyer. Ça chauffe, mais ça se contrôle. Ça veut dire apprendre à déléguer un peu et s’entourer. Parler à son comptable avant de signer. Prendre le temps de se former, mais aussi de se reposer. Se donner le droit de dire : « Cette année, on stabilise au lieu d’agrandir. » Ce n’est pas un aveu de faiblesse, mais de saine gestion. Ça veut dire aussi garder l’œil sur les risques : météo imprévisible, marchés volatils, nouvelles normes. Être passionné, ce n’est pas foncer les yeux fermés. C’est avancer avec cœur et lucidité. Bien canalisée, la passion agricole est une force incroyable. Elle crée des entreprises solides, des familles unies autour d’un projet commun, des communautés rurales vivantes. Elle donne du sens à des journées longues et à des saisons intenses.

On ne choisit pas la facilité en choisissant l’agriculture, on choisit un métier qui nourrit le monde, façonne le territoire et laisse une trace durable. Et ça, ça vaut quelque chose. Alors, restons passionnés. Continuons d’aimer nos terres, nos troupeaux, nos cultures. Continuons d’innover et de rêver un peu plus grand. Mais gardons les deux mains sur le volant, parce qu’une passion bien conduite, ça peut nous mener loin!  


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