Silfrido Baumgarten, le vétérinaire gérant de la ferme La Blanca, qui vend ses reproducteurs aux éleveurs de tout le Paraguay. Photos : Marc-Henry André
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantNUEVA GERMANIA, PARAGUAY – La récente ouverture des marchés canadien et américain grise la filière du bœuf au Paraguay. Depuis 2024, un nombre croissant d’éleveurs sélectionnent leurs animaux en vue d’améliorer les qualités gustatives de leur viande.
« Les exportations de bœuf du Paraguay sont à leur top historique », explique Daniel Burt, directeur de la Chambre paraguayenne des industriels de la viande. « L’an dernier, on en a exporté 410 000 tonnes, soit une hausse de 6 % par rapport à 2024, pour une valeur totale de 2,14 G$ », précise-t-il.

Il indique qu’en 2024, le Canada et les États-Unis ont ouvert les portes de leur marché au Paraguay. « Les achats russes se sont même repliés depuis, car les Américains paient mieux que les Russes. Taïwan et le Chili restent nos clients traditionnels. L’Europe ne nous achète que 2 % de nos volumes », affirme Daniel Burt.
Vers l’an 2000, les transformateurs du Paraguay ont vu l’occasion d’exporter des pièces de viande au monde entier, en plus des demi-carcasses vers le Brésil et le Chili. Ils ont modernisé leurs outils. Neuf sociétés y exploitent actuellement 14 abattoirs de bovins. Un parc qui tourne à moitié, car le bétail manque à l’appel après une longue sécheresse qui aura duré trois ans. Mais depuis 2025, les pluies sont de retour.
Pour Daniel Burt, la généralisation des contrôles sanitaires a permis l’ouverture de ces marchés. Le dernier foyer de fièvre aphteuse déclaré au Paraguay remonte à 13 ans.
Mais rien n’aurait été possible sans les efforts de sélection des éleveurs de bovins du Paraguay en vue d’obtenir une viande qui puisse concurrencer l’Argentine quant aux prix à l’exportation.
Sélection génétique
Le vétérinaire Silfrido Baumgarten, 65 ans, gère un vaste domaine d’élevage qui se nomme La Blanca, situé à Nueva Germania, dans le centre-est du Paraguay. Au bout de 40 ans de travail de sélection, il y a créé une lignée qui supporte le climat tropical du Paraguay et dont la viande serait de qualité comparable à celle des Angus élevés dans la Pampa (plaine) tempérée de l’Argentine.
Cette ferme de 9 033 hectares de prairies compte 12 000 têtes de bétail; des animaux de souche européenne (Angus, Hereford, Fleckvieh et Gelbvieh) croisés avec des zébus et mêlés au sang de taureaux Senepol d’origine africaine, sélectionnés dans les Antilles, mais aussi, par transfert embryonnaire, à celui de vaches Velmont Red provenant d’Australie.

« Ils sont adaptés aux fortes chaleurs du Paraguay et à nos prairies naturelles pauvres », résume M. Baumgarten. « La sélection génétique est notre seul levier pour réduire l’écart de prix existant entre le bœuf argentin et le bœuf paraguayen, soit en moyenne 2 000 $ US/t en notre défaveur. »
Le cheptel paraguayen est encore zébu à 40 %. Or, la viande de zébu est considérée comme une matière première et non comme un mets fin. L’origine brésilienne pâtit, elle aussi, d’une telle segmentation de prix.
« Nous faisons le cycle complet tout à l’herbe, dit Silfrido Baumgarten. Sur les parties hautes du domaine, là où la terre est rouge et riche en minéraux, nous faisons la repousse et la finition. La charge animale y est de 1,5 UGB/ha [équivalente à 1,5 unité animale/ha] en hiver et de 2 UGB/ha en été. Sur les parties basses, où nous faisons les naissages, elle tombe à 0,5 UGB/ha », explique M. Baumgarten. « On a 20 employés. Leur salaire est de 300 $ US/mois, pain et logis compris. On distribue les sels minéraux avec un [chariot] à bœufs. »
Détail crucial : au Paraguay, l’eau douce abonde. Cette seule ferme compte huit sources à fleur de sol. De quoi compenser le lourd handicap des pluies erratiques.
La ferme La Blanca vend ses reproducteurs aux éleveurs de tout le Paraguay et commercialise environ 3 000 animaux par an, au poids moyen de 480 kg pour les taurillons et de 400 kg pour les femelles, finis à l’herbe vers 30 mois.