À coeur ouvert 27 février 2026

L’importance de la convention d’actionnaires

En agriculture, on a l’habitude de se fier à la parole donnée. Une poignée de main dans la cour de ferme vaut parfois plus qu’un contrat. On se connaît, on se respecte, on a grandi ensemble, et on se fait confiance. Quand vient le temps d’incorporer une entreprise agricole, surtout dans un contexte familial ou entre proches, cette confiance est bien réelle. On s’assoit autour d’une table de cuisine, on discute, on rêve à l’avenir, et on se promet de travailler ensemble longtemps. Cependant, bien souvent, on repousse l’idée de mettre les choses « trop officiellement » par écrit.

Pourtant, une ferme, ce n’est pas qu’un mode de vie. C’est une entreprise complexe, avec des actifs importants, des dettes, des investissements majeurs et des décisions difficiles. C’est une aventure humaine, chargée d’émotions, de fatigue, de fierté, mais parfois de tensions. C’est exactement dans cet espace que la convention entre actionnaires prend tout son sens.

Ce document ne sert pas à créer de la méfiance. Il sert à créer de la sécurité. Il devient une sorte de garde-fou lorsque la vie prend des détours imprévisibles : une maladie soudaine, un accident de travail, un décès, un divorce, des difficultés financières personnelles, ou simplement une divergence de vision sur l’avenir de l’entreprise. Sans cadre clair, ces situations peuvent rapidement transformer une ferme prospère en un champ de bataille silencieux.

La convention entre actionnaires permet de répondre à des questions concrètes : Que se passe-t-il si un actionnaire veut quitter l’entreprise? Qui peut acheter ses parts? Comment la valeur de l’entreprise sera-t-elle établie? Que se passe-t-il si l’un des associés ne peut plus travailler? Comment les décisions importantes seront-elles prises? Ce sont des questions difficiles, parfois inconfortables, mais essentielles.

Dans le milieu agricole, on planifie beaucoup : la rotation des cultures, l’achat de machinerie, la gestion du troupeau, la stratégie de mise en marché. On évalue les risques liés à la météo, aux marchés, aux maladies animales. Pourtant, on oublie que le plus grand risque est souvent humain. Non pas parce que les gens sont de mauvaise foi, mais parce que la vie est fragile, imprévisible, et parfois cruelle.

Mettre une convention en place, c’est choisir de prévenir plutôt que de réparer. C’est éviter que les non-dits s’accumulent. C’est éviter que la colère, la déception ou le sentiment d’injustice s’installent. C’est offrir une structure lorsque les émotions prennent toute la place. C’est aussi protéger la relève. Un jeune qui s’engage dans une ferme familiale a besoin de savoir sur quoi il s’appuie, ce qu’il bâtit, et comment il sera protégé si les choses dérapent.

Une convention claire peut aussi préserver les relations familiales. Elle permet de sortir les décisions du champ des reproches pour les placer dans un cadre établi, réfléchi et accepté par tous. Elle évite que des frères et sœurs deviennent des adversaires, que des parents soient pris entre deux feux, ou que des conjoints soient entraînés dans des conflits qui ne leur appartiennent pas.

Protéger la ferme, ce n’est pas seulement réparer une clôture ou entretenir un tracteur. C’est aussi prendre soin des fondations humaines de l’entreprise. Une convention entre actionnaires, ce n’est pas un document juridique froid. C’est un acte de respect. Un geste de maturité. Un choix de responsabilité. Parce qu’en agriculture, on le sait : ce qu’on sème avec soin aujourd’hui, ce sont les récoltes de demain. Et parfois, les meilleures semences ne sont pas dans la terre, mais dans les ententes que l’on prend le temps de bâtir ensemble.  


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