Grandes cultures 20 février 2026

La tache goudronneuse : une nouvelle maladie dans nos champs de maïs

Depuis quelques années, une nouvelle venue attire l’attention dans les champs de maïs de l’Amérique du Nord : la tache goudronneuse, ou tar spot en anglais. Identifiée pour la première fois en Ontario en 2020 et au Québec en 2024, cette maladie fongique s’installe progressivement et inquiète producteurs, conseillers et chercheurs. 

La première étape est de savoir la reconnaître. La tache goudronneuse est causée par le champignon Phyllachora maydis. Les symptômes apparaissent généralement sous forme de petites lésions noires, arrondies ou allongées, qui ressemblent à des éclaboussures de goudron séché. Contrairement à d’autres maladies foliaires, ces taches ne s’effacent pas lorsqu’on gratte la feuille et elles sont légèrement surélevées au toucher. Si le champ n’a pas d’historique, vérifiez d’abord le haut des plants puisque l’infection provient des spores transportées par le vent. L’infection descend ensuite vers les feuilles inférieures. Si la maladie était présente l’an dernier dans le champ, la source d’infection sera plutôt liée aux résidus dans le sol et les premières lésions apparaîtront d’abord dans la partie basse du plant pour progresser vers le haut. Dans les cas sévères, les lésions peuvent recouvrir une grande partie du feuillage, réduisant la capacité de la plante à faire de la photosynthèse et accélérant le vieillissement prématuré du maïs.

Comme toujours avec les maladies, les conditions environnementales jouent un rôle déterminant dans le développement de la tache goudronneuse. Ce champignon aime les conditions humides et modérées : rosée persistante, pluie fréquente, brouillard, combinés à des températures autour de 18 à 23 °C. Les spores se déplacent facilement par le vent et l’eau, et c’est là que réside le grand défi : même un champ sans historique de maladie ou un champ où les résidus de maïs ont été bien enfouis peut être contaminé. La tache goudronneuse n’a donc pas besoin d’être « introduite » par des résidus locaux pour causer des problèmes. Il suffit que des spores voyagent de quelques kilomètres – voire des dizaines – pour qu’un champ jusque-là sain devienne infecté.

Les impacts sur le rendement varient beaucoup selon le moment où la maladie se déclare et selon la sensibilité de l’hybride. Le Crop Protection Network américain rapporte des pertes de rendement pouvant atteindre de 1,5 à 4 t/ha dans les cas les plus sévères. Plus l’infection survient tôt, avant le remplissage du grain, plus elle sera dommageable. Dans les cas rapportés actuellement au Québec, la maladie n’est pas encore assez sévère ni arrivée assez tôt pour avoir des impacts importants sur le rendement, mais il faudra rester prudent si elle continue à progresser dans nos champs.

Les solutions sont encore peu nombreuses face à ce nouveau défi, mais le choix de l’hybride semble être le moyen le plus efficace à long terme pour réduire les risques liés à la tache goudronneuse. Les observations montrent une grande variabilité de tolérance d’un hybride à l’autre. Pour certains producteurs américains, cette caractéristique est rapidement devenue l’un des premiers critères de sélection, au même titre que le potentiel de rendement. Les semenciers commencent déjà à documenter l’information à ce sujet, et il vaudra la peine de s’y attarder attentivement lors des prochains choix d’hybrides. 

D’autres pratiques comme la rotation des cultures et l’enfouissement des résidus semblent limiter la survie et la quantité d’inoculum dans le sol, mais elles ne protègent pas complètement puisqu’un champ peut quand même être contaminé par des spores en provenance de champs voisins. Dans les régions fortement touchées, l’utilisation de fongicides constitue une autre option. Aux États-Unis, selon le Crop Protection Network, une application fongicide pourrait être bénéfique si la tache goudronneuse est détectée entre les stades VT et R3, donc de la sortie des croix jusqu’au stade laiteux du grain. Au-delà de cette période, les données montrent rarement des avantages économiques. L’efficacité du traitement dépend du produit utilisé, du moment de l’application et de la pression de la maladie. Au Québec, les seuils d’intervention ne sont pas encore définis, mais le dossier est activement suivi.

Dans un tel contexte, la vigilance devient essentielle. Marcher ses champs en août et en septembre, surtout dans les zones où la maladie a déjà été observée, permet de détecter rapidement sa présence. Il est important de partager ses observations avec son agronome et avec le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) afin de bien identifier la maladie. La confirmation par le laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP) peut aussi être utile. Le RAP diffuse régulièrement de l’information sur l’évolution des maladies en champ, et s’abonner à son infolettre est une excellente façon de rester à l’affût.

La tache goudronneuse n’est pas encore généralisée au Québec, mais son arrivée doit être prise au sérieux. Comme pour d’autres maladies foliaires, la clé sera d’allier prévention, observation et adaptation des pratiques. Plus les producteurs seront proactifs, mieux ils pourront limiter les pertes et préserver leur rendement. La vigilance collective demeure notre meilleur outil pour garder une longueur d’avance sur ce nouvel ennemi du maïs. Consultez la fiche technique du RAP pour plus d’information : agrireseau.net/rap/documents/118046/grandes-cultures-fiche-technique-la-tache-goudronneuse-du-mais