À coeur ouvert 23 janvier 2026

Accepter la négativité quand elle passe, pas toujours facile

De nos jours, il semble qu’être positif est presque devenu un commandement, comme si une pancarte au bout du rang nous disait : « Souris, ça va bien aller! » Dans nos vies, comme dans nos entreprises, on nous répète souvent qu’il faut voir le verre à moitié plein, peu importe la saison, la météo ou les imprévus. Pourtant, à force de labourer toujours du même côté, on finit parfois par appauvrir le sol. Le positivisme à tout prix peut avoir cet effet-là : il culpabilise, il épuise, il étouffe, et surtout, il nous éloigne de ce que nous ressentons vraiment.

Lorsqu’on nous demande « comment ça va? », nous avons tous ce réflexe bien ancré et instinctif de répondre « ça va », même quand le cœur est lourd. C’est comme dire que la récolte est correcte, alors qu’on sait très bien que le gel, la sécheresse ou les pluies ont fait des ravages. Afficher un faux sourire, c’est devenu une politesse sociale. La question se pose : vivons-nous dans une ère de positivisme obligé? Regardez toutes les publications inspirantes qui nous promettent bonheur et succès, à condition de penser positif. « Sois positif et tu attireras le beau », nous dit-on, comme si la vie fonctionnait toujours selon une logique de rendement. Être optimiste, heureux et bien dans sa peau est devenu non seulement un idéal, mais presque une obligation. Toutefois, cette vision ne tient pas toujours la route. On devrait plutôt s’inviter à ralentir et à accepter que toutes les émotions ont leur utilité. Sans tomber dans le défaitisme, nous devrions remettre en question cette pression de forcer le positif. Accueillir les émotions difficiles permettrait d’améliorer notre bien-être à long terme. Le positivisme à outrance peut donc devenir toxique, pour nous-mêmes comme pour les autres, surtout lorsqu’il nie une détresse bien réelle.

Faire semblant que tout va toujours bien, c’est se raconter des histoires. Une vie, comme une saison agricole, est remplie d’imprévus : c’est normal. Refouler, nier ou taire nos émotions difficiles finit toujours par nous nuire. Les risques sont nombreux : une moins bonne capacité d’adaptation à la réalité, une baisse du bien-être, une augmentation de l’anxiété et de la dépression, des objectifs plus difficiles à atteindre, sans parler des relations qui en souffrent. À force de minimiser nos propres émotions, nous en venons aussi à invalider celles des autres, et à hésiter à demander de l’aide en cas de besoin. Chercher à éliminer complètement les émotions négatives n’apporte rien de bon. Comme les mauvaises herbes, plus on tente de les arracher sans comprendre pourquoi elles sont là, plus elles reviennent. L’important n’est pas d’éviter ces émotions, mais d’apprendre à les traverser. En bref, ce ne sont pas les émotions négatives qui sont nuisibles, mais le fait de s’y accrocher trop longtemps…

Comment s’améliorer? Première étape : nommer clairement ce qu’on ressent. Mettre des mots précis aide à mieux comprendre la situation et à trouver des pistes concrètes. Deuxième étape : accueillir l’émotion avec compassion, sans jugement ni honte. Chaque émotion a une utilité; l’accueillir permet de se respecter et d’avancer, même dans l’imperfection. Troisième étape : écouter le message de l’émotion sans s’y identifier. Créer une distance en l’observant aide, avec le temps, à faire des choix plus justes et alignés avec ses besoins. Rappelons-nous que les émotions, qu’elles soient agréables ou pas, ne sont jamais figées. Elles passent et évoluent, comme les saisons. Nous avons en nous ce qu’il faut pour les accueillir et continuer d’avancer, un pas (ou un rang) à la fois.  


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]