International 6 janvier 2026

En Hongrie, les agriculteurs « gardiens de l’eau » luttent contre la désertification

Oszkár Nagyapáti descendit au fond d’une fosse sablonneuse sur ses terres, dans la Grande Plaine hongroise, et creusa le sol à la recherche d’une nappe phréatique qui, ces dernières années, s’est considérablement raréfiée.

« C’est bien pire, et ça empire d’année en année, dit-il, tandis qu’un liquide trouble s’infiltrait lentement dans le trou. Où est passée toute cette eau? C’est incroyable. »

M. Nagyapáti observe avec consternation la région du sud de la Hongrie, autrefois un important centre agricole, devenir de plus en plus aride et desséchée. Là où poussaient jadis une grande variété de cultures et d’herbes, on trouve aujourd’hui de larges crevasses dans le sol et des dunes qui s’étendent, évoquant davantage le Sahara que l’Europe centrale.

La région, connue sous le nom d’Homokhátság, est décrite par certaines études comme semi-aride – une distinction plus courante dans certaines régions d’Afrique, du sud-ouest américain ou de l’Outback australien – et se caractérise par de très faibles précipitations, des puits asséchés et une nappe phréatique qui s’enfonce toujours plus profondément dans le sol.

Dans un article paru en 2017 dans la revue scientifique European Countryside, des chercheurs ont cité « l’effet combiné des changements climatiques, d’une utilisation inappropriée des terres et d’une gestion environnementale inadéquate » comme causes de l’aridification de l’Homokhátság, un phénomène que l’article qualifie d’unique dans cette partie du continent.

Les champs qui, aux siècles précédents, étaient régulièrement inondés par le Danube et la Tisza sont devenus, en raison d’une combinaison de sécheresses liées aux changements climatiques et de mauvaises pratiques de gestion de l’eau, presque impropres à l’agriculture et à la faune sauvage.

« Gardiens de l’eau »

De nos jours, un groupe d’agriculteurs et d’autres bénévoles, mené par M. Nagyapáti, tentent de sauver la région et leurs terres de l’assèchement total en utilisant une ressource pour laquelle la Hongrie est célèbre : l’eau thermale. 

Je réfléchissais à ce qu’on pouvait faire, comment faire revenir l’eau ou en créer de nouvelles dans le paysage. À un moment donné, j’ai senti que ça suffisait. Il fallait vraiment que ça cesse. C’est ainsi qu’est né notre projet d’inondation de certaines zones pour retenir l’eau dans la plaine.

Oszkár Nagyapáti

Avec un groupe de bénévoles, les « gardiens de l’eau », M. Nagyapáti a entamé des négociations avec les autorités et une station thermale locale l’année dernière, dans l’espoir de rediriger les eaux de trop-plein de la station – qui, d’ordinaire, se déversent dans un canal – vers leurs terres. L’eau thermale est puisée à de grandes profondeurs.

Selon le plan des gardiens de l’eau, l’eau, refroidie et purifiée, servirait à inonder un champ de 2,5 hectares situé en contrebas – une manière de recréer le cycle naturel des crues que la canalisation des rivières a interrompu. 

« Une fois les inondations terminées et les eaux retirées, la surface de l’eau atteindra 2,5 hectares dans cette zone, a déclaré M. Nagyapáti. Ce sera un spectacle saisissant dans notre région aride. »

Une étude menée en 2024 par l’université hongroise Loránd Eötvös a démontré que des couches d’air anormalement sèches en surface avaient empêché les fronts orageux de produire des précipitations. Ces fronts traverseraient la région sans pluie, provoquant des vents violents qui dessécheraient encore davantage la couche arable.

Les protecteurs de l’eau espéraient qu’en inondant artificiellement certaines zones, ils parviendraient non seulement à faire remonter le niveau de la nappe phréatique, mais aussi à créer un microclimat grâce à l’évaporation en surface. Ce microclimat pourrait accroître l’humidité, réduire les températures et la poussière, et avoir un impact positif sur la végétation environnante. 

Tamás Tóth, météorologue hongrois, a avancé qu’en raison de l’impact potentiel de ces zones humides sur le climat environnant, la rétention d’eau « est tout simplement l’enjeu crucial pour les années à venir et les générations futures, car le changement climatique semble se poursuivre ».

« L’atmosphère continue de se réchauffer, et avec elle, la répartition des précipitations, tant saisonnières qu’annuelles, est devenue très chaotique, et devrait l’être encore davantage à l’avenir », a-t-il ajouté.

Après un été chaud et sec cette année encore, les « gardiens de l’eau » ont bloqué une série d’écluses le long d’un canal, et l’eau recyclée de la station thermale a commencé à s’accumuler lentement dans le champ en contrebas.

Au bout de quelques mois, le champ était presque plein. Début décembre, M. Nagyapáti, debout près du site, a déclaré que le marais peu profond qui s’était formé « peut paraître minuscule à première vue, mais il nous apporte un immense bonheur ici, dans le désert ». 

Il a assuré que l’apport d’eau aurait un impact considérable dans un rayon d’environ quatre kilomètres, « non seulement sur la végétation, mais aussi sur le bilan hydrique des sols. Nous espérons que le niveau de la nappe phréatique remontera également. »

Les sécheresses persistantes dans la Grande Plaine hongroise menacent de désertifier le pays, un processus de dépérissement de la végétation dû aux fortes chaleurs et à la faiblesse des précipitations. Les dégâts causés aux récoltes par les intempéries ont fortement impacté le produit intérieur brut du pays, incitant le premier ministre Viktor Orban à annoncer cette année la création d’un « groupe de travail sur la sécheresse » pour faire face à ce problème.

Après une première tentative pour atténuer le problème croissant dans leur région, les « gardiens de l’eau » ont constaté une nette amélioration du niveau de la nappe phréatique, ainsi qu’une augmentation de la faune et de la flore à proximité de la zone inondée.

Le groupe, qui compte désormais plus de 30 bénévoles, souhaite étendre le projet à un autre champ inondé et espère que ses efforts inspireront d’autres initiatives similaires pour préserver cette ressource précieuse. « Cette initiative peut servir d’exemple à tous. Nous avons besoin de plus d’efforts de ce genre, a lancé M. Nagyapáti. Nous avons récupéré l’eau de la station thermale, mais la récupération de toute source d’eau, que ce soit dans un village ou une ville, représente une formidable opportunité pour le réapprovisionnement en eau. »


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