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S'abonner maintenantLorsqu’on parle de violence, les premières images qui nous viennent en tête sont souvent liées aux agressions physiques ou verbales. Pourtant, dans les fermes et les exploitations agricoles, une autre forme de violence, silencieuse et invisible, fait de nombreuses victimes : la violence économique.
Qu’est-ce exactement que la violence économique dans le contexte agricole? On pourrait la définir comme un contrôle abusif exercé par une personne sur les ressources financières ou matérielles d’une autre, restreignant ainsi son autonomie, sa liberté et son indépendance. C’est un phénomène subtil qui ne laisse pas de traces visibles, mais ses effets peuvent être profondément dévastateurs pour les personnes concernées. Concrètement, cette violence peut prendre plusieurs visages. C’est, par exemple, lorsque l’un des conjoints gère exclusivement les finances de l’exploitation agricole sans jamais consulter l’autre partenaire, l’excluant systématiquement des décisions importantes. C’est aussi le fait d’imposer des restrictions excessives sur les dépenses quotidiennes, privant ainsi une personne de son indépendance économique. Pire encore, cela peut être l’interdiction faite à l’autre conjoint d’avoir un compte bancaire personnel, lui enlevant ainsi toute autonomie financière.
Imaginez une productrice agricole, s’impliquant quotidiennement dans les activités de la ferme familiale, effectuant des journées interminables, sans relâche, mais tenue à l’écart de toute décision financière. Lorsqu’elle souhaite participer ou donner son avis sur un investissement ou une dépense, on lui rappelle qu’elle « n’a pas à s’en mêler ». Petit à petit, elle finit par croire elle-même qu’elle n’est pas compétente ou apte, qu’elle n’a aucun droit sur les revenus qu’elle contribue pourtant directement à générer. Cette situation, vécue sur plusieurs années, peut entraîner une perte totale de confiance en soi, voire un isolement profond.
Dans le milieu agricole, la difficulté à repérer et à nommer ce type de violence est renforcée par la nature même du travail. Souvent, les frontières entre la vie personnelle et la vie professionnelle y sont floues, ce qui rend les victimes particulièrement vulnérables et incapables d’identifier clairement l’abus subi. De plus, la crainte du jugement social et du regard des voisins ajoute une couche supplémentaire au silence déjà présent.
Pourtant, sortir de la violence économique est possible. Cela passe entre autres par une prise de conscience collective et une mobilisation des ressources communautaires. Sensibiliser les producteurs et productrices à leurs droits économiques et encourager la transparence dans la gestion des exploitations agricoles sont des étapes essentielles. Des organisations agricoles, des travailleuses et travailleurs de rang et d’autres professionnels peuvent contribuer à cette sensibilisation collective. La solidarité doit également jouer son rôle. Dans nos campagnes, la force du milieu agricole réside dans cette solidarité, dans l’entraide entre voisins, familles et collègues. Oser parler, dénoncer ou simplement tendre une oreille attentive à quelqu’un qui traverse une situation de violence économique peut tout changer. Parfois, simplement briser l’isolement suffit à redonner espoir et dignité à une personne qui croyait ne plus en avoir.
Enfin, face aux défis économiques croissants et aux pressions financières que connaissent aujourd’hui les productrices et producteurs agricoles québécois, il est primordial de garantir que chaque membre d’une exploitation agricole est respecté, inclus et considéré dans toutes les décisions financières. C’est à cette seule condition que nos fermes pourront devenir des milieux où chacun peut s’épanouir en toute sécurité, libre de toute forme de violence économique.
Si vous vivez de la violence économique ou si vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas à contacter des travailleuses et travailleurs de rang. Ils sont là pour vous écouter, vous conseiller, vous accompagner dans les situations difficiles, en toute confidentialité. Parce que chaque producteur et productrice mérite de vivre et de travailler dans un environnement sécuritaire et respectueux.
Besoin d’aide?
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected].